Fontaine, je ne boirai pas de ton eau

J’ai le souvenir de discussions avec ma bande d’amis, attablés dans un bon restaurant ou autour d’un café, au cours desquelles il nous arrivait de jouer les redresseurs de torts et de disserter longuement sur les choses, les gens et les comportements qui nous agaçaient. Je me rappelle tout particulièrement d’une très bonne table d’une petite ruelle estudiantine de Montpellier (je n’étais pas encore exilée en terre des gones à cette époque) autour de laquelle nous avions rhabillé pour l’hiver un couple de connaissances, un peu plus âgés, qui avait déjà fondé une famille et qui nous apparaissait alors (quelle bande de prétentieux nous formions ! … Remettez nous, aujourd’hui, autour de la même table et je mets ma main à couper que nous serons tous, sans exception, beaucoup moins catégoriques et intransigeants… !) complètement dépassé par sa progéniture.

Entre 20 et 29 ans, j’étais ainsi pleine de principes et de certitudes sur la mère de famille que je serais plus tard. Je n’avais alors pas en tête ce qui est devenu un adage avec le temps : ne jamais dire « fontaine, je ne boirai de ton eau »…

Dans la série « je n’ai rien fait de ce que j’avais dit que je ferais », je vous propose ainsi la liste suivante, dans laquelle vous retrouverez aussi peut-être quelques-uns de vos serments de jeunesse trahis :

1) Je ne tolérerai jamais que l’un de mes enfants fasse un caprice phénoménal dans un magasin, se roulant par terre, et hurlant comme un chat qu’on égorgerait au risque d’alerter les services de protection de l’enfance, uniquement parce que je lui ai refusé le dernier Pokemon ;

2) Je n’achèterai jamais lâchement son silence, pour retomber dans l’anonymat et que tous les yeux ne soient plus braqués sur moi (il y a deux types de personnes qui vous regardent dans ces circonstances : ceux qui vous soupçonnent d’être une marâtre ; et ceux, compatissants, qui semblent remercier je ne sais qui que, pour cette fois, ce soit tombé sur quelqu’un d’autre) en lui promettant à l’oreille : « si tu calmes et que tu es sage pendant que je finis les courses, on revient et je te l’offre, ton Pokemon ! »

3) Je ne tomberai jamais aussi bas en terme d’organisation que je doive m’attacher les cheveux pour aller travailler parce qu’ils sont sales et que je n’ai même pas eu dix minutes pour les laver ;

4) Je ne serai jamais une « presque vieille » envieuse, voire même jalouse, de la petite nouvelle (bien plus jeune ET sans enfants) parce qu’elle a le teint frais, aucun cerne à dissimuler maladroitement sous du maquillage, ni parce qu’elle a passé un week-end autrement plus trépidant que le mien (il est, à n’en pas douter, plus facile d’être indulgent avec autrui lorsqu’on est encore la fameuse petite jeune) ;

5) Je laisserai toujours mes enfants s’exprimer, parce que c’est important pour leur développement, et je ne leur imposerai jamais brutalement le silence simplement parce que, à cet instant-là, je n’ai tout simplement plus envie de savoir ce qu’ils ont mangé à la cantine ou si la nouvelle toupie Beyblade est super méga trop top cool ;

6) Je ne m’apercevrai jamais, horrifiée et après deux heures de réunion, que mon petit dernier a accompagné son rot du matin d’une jolie régurgitation qui trône, là, bien blanche et visible, sur mon beau chemisier noir, au niveau de l’épaule ;

7) Je ne me remettrai pas à prier Dieu (supplier serait le terme le plus approprié, à dire vrai) pour avoir plus de quatre heures de sommeil consécutives ;

8) Je ne dirai jamais : « aujourd’hui, c’est Mac Do ou Blédichef, ils mangeront équilibré à la cantine ! » ;

9) Je ne jouerai jamais la morte pour que, surtout, personne n’ait l’idée de nous inviter à dîner et pour pouvoir dormir, rien que ça ;

10) Je ne ferai jamais de rêves violents de masses ou de marteaux me permettant de défoncer le tout nouveau jouet, éducatif certes, mais surtout interactif et bruyant que mon fils vient de recevoir et qu’il ballade d’une pièce à l’autre ;

11) Je n’aurai jamais non plus l’envie de disposer des mêmes outils pour remercier, comme il se doit, le généreux donateur ;

12) Je ne serai jamais capable de poser une journée RTT et de laisser mes enfants à la crèche ou chez la nounou ;

13) Je ne rêverai pas non plus de pouvoir entendre la voix de David Pujadas en continu, sans cri ni hurlement pour l’entrecouper ;

14) Je n’en serai jamais au stade de dire au pédiatre : « Si vous ne le soignez pas pour lui, pensez à votre prochain et faites-le pour nous ! » ;

15) Je serai capable de faire un pas (aller aux toilettes, à la cantine, …) sans trimballer mon téléphone portable au cas où la crèche/ l’école/ la nounou m’appellerait ;

16) Je ne m’entendrai jamais dire à mon fils : « tu ne tapes pas en première intention, mais si on te touche, tu ripostes suffisamment fort pour passer l’intention à l’autre d’y revenir ! » ;

17) Je n’en serai jamais réduite à m’enfermer dix pauvres petites minutes volées aux toilettes pour pouvoir lire Causette ou Elle ;

18) Je ne prierai jamais pour que mon mari se rende compte avant moi que le petit a de la fièvre et se sente donc obligé de proposer de le garder (genre « c’est celui qui voit qui garde » !) même si j’ai une réunion super importante ce jour-là ;

19) Je ne ferai jamais mine de dormir à poings fermés pour qu’il se lève, en pleine nuit, quand l’un des enfants a fait un cauchemar et hurle à la mort ;

20) Je ne tomberai jamais aussi bas pour pleurer parce que le pneu avant droit de ma voiture est crevé. Même si c’est l’hiver, qu’il est 17 heures et qu’il fait déjà nuit, qu’il pleut des cordes, que mon seul secours (mon mari, et oui encore et toujours lui !) est à l’autre bout de la ville et que les deux petits semblent tétanisés de peur sur la banquette arrière (« on ne va pas rester toute la nuit devant l’école, dans la voiture ? ») ;

21) « Si, et si tu continues, je vous laisse tout seuls ! »

22) Je ne remercierai jamais -je ne sais qui d’ailleurs – d’avoir inventé la télévision pour pouvoir y coller les enfants et jouir de dix minutes de relative quiétude.

Je le reconnais, vu sous cet angle là, cela ne fait pas franchement rêver. Mais il y a aussi beaucoup d’autres choses que je n’aurais jamais imaginé faire avant qu’ils ne soient là et qui changent tout. Ainsi :

1) Je ne pensais pas pouvoir, moi aussi, devenir complètement neuneu face à un premier sourire ;

2) Je n’imaginais pas pouvoir être aussi certaine que mes enfants sont les plus beaux et les plus intelligents (ah bon, les vôtres aussi ?)

3) Je ne me pensais pas capable de m’extasier devant un rot de nourrisson ;

4) Je n’imaginais pas non plus être disposée à dormir à même le sol, pour rester au chevet de mon enfant malade (bon, en même temps, il faut reconnaître que la fatigue m’a rendu beaucoup moins exigeante en terme de couchage…) ;

5) J’aurais mis ma main à couper que je ne rejoindrais jamais l’armée de cruches qui pleurent en laissant leurs enfants à chaque rentrée scolaire… Et pourtant. Bon, je ne pleure pas, j’ai de l’orgueil quand même. Mais j’admets un petit pincement au cœur et un léger sanglot tapi au fond de ma gorge ;

6) Je ne pensais pas pouvoir ressentir des pulsions meurtrières envers le petit morveux qui tousse à s’en décoller les bronches à côté de mon fils, dans le manège, sans même mettre la main devant sa bouche ;

7) Je ne me croyais pas capable de lever le pied, délibérément, sur mes ambitions professionnelles parce que je veux, vraiment, passer du temps avec mes fils et, plus encore, ne presque pas le regretter ;

8) Je n’imaginais pas une seule seconde pouvoir être une maman poule ;

9) J’aurais parié prendre la précitée journée RTT sans culpabiliser d’aucune façon…

10) Je n’avais pas imaginé ne plus pouvoir dormir à poings fermés et rester, même endormie, comme vigilante pour mes enfants ;

11) Je ne pensais pas avoir des trésors de patience me permettant de courir, pendant quatre heures, après quinze gamins surexcités réunis pour un anniversaire ;

12) Ou pouvoir aller passer mon dimanche matin dans une plaine de jeux couverte parce que, même s’il pleut et que c’est l’hiver, mes jeunes fauves ont besoin de se dépenser ;

13) Je ne me voyais pas avoir envie de baffer le gamin qui a fait pleurer mon fils pendant la récréation.

Et pourtant….

Au final, malgré mes engagements la main sur le cœur, je ne savais pas que je changerais tellement en devenant mère. Et, pire encore au regard de mes promesses de jeunesse, que je ne le regretterais même pas. Malgré tout et quoi qu’il arrive !

Perles médicales

Mon billet d’aujourd’hui m’a été soufflé par la saison.

Et oui, l’hiver et ses joies de parents de jeunes enfants : nez bouchés, gorges qui grattent, toux nocturnes, poussées de fièvre incontrôlables et autres régurgitations bien harnachés dans le siège auto avec grosses doudounes, écharpes et bonnets au moment du départ pour l’école…

J’en suis certaine, tout cela réveille en vous de doux souvenirs et, malheureusement peut-être si vous êtes encore concernés, de belles perspectives d’avenir…

Je ne vais pas m’appesantir sur toutes les maladies diverses et variées que nous avons redécouvertes et expérimentées, non sans émotion, avec mon époux depuis que nos enfants sont nés. Non, aujourd’hui, je veux plutôt revenir sur les magnifiques perles que tous ces épisodes épidémiques nous ont permis de collecter pour alimenter notre rubrique de vie « Mieux vaut entendre ça que d’être sourd ».

Je me souviens ainsi de ce docteur de SOS Médecins appelé un dimanche au chevet de notre fils aîné, alors âgé de trois ans, qui souffrait d’une fièvre très élevée depuis la veille que les médicaments habituels ne parvenaient pas à endiguer. Ce médecin lui a pris longuement la tension. Puis a écouté pendant un temps tout aussi interminable et avec le plus grand des sérieux ses poumons et son cœur. Il a ensuite reposé solennellement son stéthoscope sur ses genoux et m’a regardé gravement avant de lâcher : « Je vois à l’examen que son corps est entrain de lutter contre la fièvre ». J’en suis restée sans voix. Je devais jouir de compétences médicales innées sans même le savoir car, cela, je l’avais déjà diagnostiqué avant même de devoir allonger 45 euros. Lorsque ses lèvres ont tressailli, j’ai repris espoir : il n’avait fini sa phrase, il allait m’en dire plus. Je ne fus pas déçue : « Il doit avoir un virus ».

Un autre épisode de fièvre mémorable figure dans nos annales familiales. Nous venions d’emménager à Lyon. C’était l’hiver. Mais le vrai hiver lyonnais avec neige, portières de voiture gelées impossibles à ouvrir le matin et tout le tintouin. Et, en bons veinards que nous sommes, la grippe s’était abattue sur notre famille. Enfin, plutôt sur mon mari et sur notre fils qui, à cette époque, avait 15 mois. Lorsque le petit a dépassé les 40 °C de fièvre, en pleine nuit, nous avons commencé à sérieusement nous inquiéter, surtout qu’il divaguait. Nous n’avions pas encore fait des urgences pédiatriques de l’HFME (un truc de Lyonnais, alors je précise pour les non-initiés : Hôpital Femme Mère Enfant) notre résidence secondaire donc, bêtement, nous avons cherché conseil, et peut-être inconsciemment réconfort, auprès du 15. Et là, le médecin régulateur ne nous a pas non plus déçus : « Ouvrez la fenêtre pour le rafraîchir ». Oui, c’est vrai qu’on est un peu débiles de ne pas y avoir pensé seuls, à trois heures du mat, en plein mois de février, à Lyon.

Dans mes échanges de mère de famille avec le corps médical, j’ai également beaucoup apprécié d’entendre – et pas qu’une fois ! – la question suivante : « Vous êtes sûre qu’il a vomi ? ». Heu, comment vous dire, autant je doute, comme tout un chacun, de beaucoup de choses dans la vie, autant quand quelqu’un vomit, a fortiori l’un de mes enfants (ce qui implique que, concrètement, il ne va pas se nettoyer seul ni effacer les dégâts sans assistance), j’ai la certitude d’avoir vu ce que j’ai vu et senti ce que j’ai senti. Donc, dans ces cas-là, heureusement au final que mon enfant est malade, ce qui m’oblige à rester calme.

J’ai aussi beaucoup aimé celle-là, alors que le deuxième n’avait que quelques mois « Et, il s’est plaint de son oreille ? » Et bien oui, évidemment, entre deux hurlements, il m’a dit de sa petite voix : « Maman, mon oreille droite me fait terriblement souffrir, je dois avoir quelque chose qui ne va pas au niveau du tympan ou de la trompe d’eustache ». Vous en avez d’autres, des comme celle-là ?

Et, ce qu’il y a de bien lorsque vous êtes une jeune mère, c’est que non seulement un très grand nombre de médecins semble penser que vous avez perdu votre cerveau – si tant est que vous n’en ayez jamais eu un – avec les eaux lors de l’accouchement dès qu’il est question de la santé de votre enfant, mais ils le pensent aussi lorsqu’il s’agit de la vôtre. C’est comme si vous aviez perdu, avec votre corps de jeune fille, toute crédibilité dans la maladie. Ainsi, combien de fois, ai-je vu le praticien face à moi, derrière son beau bureau, changer de visage (en gros, passer d’un air sérieux et attentif à un petit sourire discret signifiant : « Et bien voilà, tout s’explique, j’ai compris ! ») après que j’ai répondu positivement aux deux questions éliminatoires suivantes : « Vous travaillez ? » et « Avez-vous des enfants ? ». Au moins cinq fois, à dire vrai. Et, tous m’expliquaient alors que, être fatiguée quand on avait des enfants et qu’on travaillait c’était … normal ! Super, merci, voilà les 22 euros pour la consultation ! Il n’empêche que, depuis, j’ai trouvé un médecin au diagnostic un peu moins hâtif et qui, analyse de sang à l’appui, m’a indiqué que, au-delà de la fatigue « normale » de la mère de famille active, j’étais très sérieusement carencée en fer. Avec le recul, je me dis, finalement, heureusement que ce n’était pas plus grave …

Le jeune Loup

Il est arrivé par un beau matin du mois de mai.

Je me suis dit, chouette !, enfin quelqu’un de mon âge, à un poste de cadre et qui a l’air sympa…

Naïve que je suis !

Le temps passe, mais je ne change décidément pas…Toujours aussi prompte à accorder ma confiance à des gens qui la piétineront plus tard.

Il venait me demander conseil, sur tout, sur tous.

En bonne idiote, je me disais : « Aide-le ! Souviens-toi comme c’était difficile pour toi lorsque tu as pris ton poste et que tu n’avais personne pour t’expliquer le fonctionnement, ni les sigles et encore moins les codes officieux sur ce qui se fait ou pas ! ».

Je lui ai livré mes appréciations personnelles, fruits de mes expériences, à chaque fois qu’il me l’a demandé. J’ai compris depuis qu’il s’en était servi pour me présenter aux yeux de certains comme une hypocrite médisante.

Je l’ai aussi aidé à rédiger plusieurs documents (« oui, oui, c’est vrai, je connais les exigences du PDG en la matière, je vais t’aider »…) et il en a récolté les lauriers sans jamais, ne serait-ce qu’une fois, mentionner mon appui. Vous comprenez bien qu’il ne pouvait pas, sinon j’aurais eu l’air d’une personne à l’esprit d’équipe et de solidarité, œuvrant pour la bonne marche de l’entreprise !

J’ai aussi découvert avec stupéfaction que, à l’occasion de déjeuners ou de cafés informels du matin, pendant lesquels je pensais discuter à bâtons rompus avec un « collègue », il recueillait en fait, consciencieusement mes analyses, points de vue et même pire expressions, pour se les approprier et les reprendre en réunion.

Maintenant que je sens, enfin ! (quelle courge quand même de n’avoir rien vu venir…), sa morsure sur ma chair tout me semble comme éclairé d’un jour nouveau.

Cette façon de ne jamais finir une phrase, pour lancer un sujet et laisser l’autre dévoiler sa pensée sans jamais, lui, se livrer.

Ou encore cette technique systématique qui consiste à toujours renvoyer la question vers l’autre lorsqu’il l’interroge : « Pourquoi tu me demandes ça ? Tu en penses quoi, toi ? » pour ne jamais se mouiller.

Je le revois, avant chaque réunion importante, débarquer dans mon bureau, la mine déconfite : « Tu connais ce dossier ? On m’interroge dessus, je ne sais pas quoi dire…. ». Ne t’inquiète pas petit loup, la cruche est là ! Elle va te dire ce qu’il en est et même te proposer des solutions et tu pourras aller briller en réunion et épater la galerie par la rapidité extraordinaire avec laquelle tu as rapidement maîtrisé les dossiers comme le fonctionnement de l’entreprise.

Je me sens comme détroussée. Il m’a volé la confiance investie en lui. Et je me rends compte qu’il m’a même, cela semble étrange à écrire mais c’est l’idée, volé mes idées voire mes mots et mes phrases. Je me sens dépouillée, victime d’une quasi « usurpation d’identité professionnelle ». Je salue son talent. C’est le moins que je puisse faire en faisant le bilan de ces derniers mois.

Mais, à présent que j’ai compris ….C’est un loup, certes, mais mes canines aussi peuvent se révéler acérées lorsqu’il s’agit de riposter.

Retour de vacances

J’ai le moral dans les chaussettes. Pour écrire correctement, puisque je fais l’effort d’écrire, reprenons : je suis quasiment démoralisée.

Ce n’est pas tant que les vacances soient finies. Même si, je dois l’admettre, je vais regretter cette douce parenthèse où rien n’était urgent, soumis à horaire ni contrainte. Je ne suis pas ravie de devoir renouer avec la cadence infernale qui, dès l’aube, me mène de la salle de bain aux enfants à réveiller, d’une réunion de service à un rendez-vous extérieur, du garage de l’entreprise à la sortie de l’école, des devoirs des enfants au dîner à préparer. Mais bon, ce n’est pas ce qui me pèse le plus, même si je dis souvent le contraire dans mes moments d’emportement (vous savez ces moments où la grille de l’école va fermer et où la sucette du petit dernier glisse de sa bouche pour tomber dans les égouts et laisser libre cours à sa puissance vocale ? Allez, vous devez bien en avoir aussi des moments de solitude comme celui-là ?…).

Ce n’est pas tant qu’il faille recommencer à travailler. Je suis comme beaucoup : je ne fais pas ce dont je rêvais, je ne trouve pas mon travail quotidien exaltant, mais il a au moins le mérite de m’occuper et de me permettre de gagner un peu d’argent. Et puis, de temps à autres, il y a quand même une rencontre intéressante ou un projet passionnant.

Non, ce qui me sape le moral, ce n’est pas mon travail en lui-même, mais eux.

Toutes ces personnes que je n’ai pas du tout envie de voir et que je vais devoir côtoyer, huit heures par jour, cinq jours par semaine. Quelle horreur ! A chaque retour de vacances, c’est la même chose : je les retrouve exactement au même endroit, avec les mêmes mines, les mêmes sujets discussions, les mêmes manies exaspérantes. Comme s’ils n’avaient pas bougé d’un cheveu, voulant préserver la situation en l’état en attendant que je revienne. Non, vraiment, c’est trop d’attention pour ma seule personne ! Ils n’auraient pas dû …

Il est toujours là, le vieux garçon lubrique et peu porté sur l’hygiène. J’ai l’impression qu’il me guette pour, dès ma sortie de l’ascenseur, venir me claquer la bise dans une familiarité imposée. J’ai beau essayer ostensiblement de l’éviter chaque matin, il s’arrange toujours pour me croiser, me coincer, et m’imposer de plaquer mes joues contre les siennes. J’éprouve parfois un peu de compassion, enfin plutôt de pitié pour être honnête : il n’a pas d’ami en dehors du travail, avec sa tête et son style il n’a probablement jamais été le garçon le plus populaire de sa classe… Mais ces sentiments bienveillants m’abandonnent bien vite dès que je sens les effluves nauséabonds qui accompagnent chacun de ses mouvements.

Le melon aussi est toujours là. Il a fait polytechnique ou l’ENA ou une prestigieuse école de commerce, peu importe. Il est jeune et brillant, c’est incontestable. Mais il est surtout capable de partager, si je puis dire, un ascenseur de deux mètres carrés avec vous sans daigner vous accorder le moindre regard. Alors un « bonjour », n’y pensez même pas ! C’est un sentiment extrêmement doux que de se sentir, dans le regard d’autrui, aussi transparent qu’une vitre et aussi digne d’intérêt qu’une poussière sur le sol. Voilà une bien belle manière de débuter une journée en toute sérénité. Je ne peux même pas me réjouir de tenir ma vengeance quand il a besoin de mes services. Il est tellement brillantissime et au-dessus de la masse que, même lorsqu’il doit faire appel à vous, il n’éprouve aucun besoin de se montrer ne serait-ce que poli ou gêné de vous avoir ignoré tout le reste de la semaine : il déboule dans votre bureau, sans un bonjour ni un regard et se contente de passer sa commande. Comme il le ferait à une borne ou un guichet automatique. Qu’il est agréable d’être, à défaut de respecté, considéré par l’autre.

Il y aussi le perpétuel insatisfait. Celui que l’on fuit ou, lorsqu’on est acculé, auquel on évite de demander bêtement : « ça va ? ». Parce que, évidemment, pour lui, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. La liste est inépuisable et renouvelée quotidiennement et à volonté : problèmes à la maison, avec les enfants, trop ou pas assez de travail, des embouteillages monstres, plus de neige chez lui qu’ailleurs (il doit y avoir un micro-climat …), les toilettes souillées de l’étage, le chef qui lui a dit bonjour d’une drôle de façon avant-hier matin, ses dossiers qui sont plus compliqués que ceux des autres. C’est un individu à fuir de toute urgence sous peine d’y laisser sa santé. Et son temps de travail. Car le perpétuel insatisfait non seulement vous plombe le moral, mais est également intarissable sur ses malheurs forcément plus graves que ceux des autres. Une fois lancé, vous en avez pour un long, très long moment et il est extrêmement difficile de vous en dépêtrer car, même la sonnerie de votre téléphone fixe ne le décourage pas : il se met simplement un peu en retrait et attend que la conversation s’achève pour repartir de plus belle.

Que dire du collant ? Tout le monde en connaît et « pratique » au moins un, ne dites pas le contraire. C’est celui qui ne sait pas vous parler sans coller son nez à moins de deux centimètres de vous et qui avance pour rétablir l’écart, dès que vous reculez et ce, jusqu’à ce que vous soyez coincé, dos au mur. Il déboule dans votre bureau sans prévenir, ne doutant pas que vous n’ayez que son dossier à régler, et non content de cela, fait le tour de votre bureau pour poser son parapheur sur votre clavier ou les documents que vous étiez en train de relire, puis reste planté bien droit à côté de vous, tellement proche que le bas de sa veste frotte votre épaule. Dans ces moments là vous comprenez alors que certains puissent prendre des calmants…

Impossible également de couper au pitoyable. Celui qui a passé l’âge légal de départ à la retraite depuis belle lurette, qui a fini de rembourser le prêt de sa maison, dont les enfants ont tous une belle situation, mais qui s’accroche à son poste, à son travail, avec sa mine grise et triste, pour oublier le vide du reste de sa vie. Celui-là est particulièrement redoutable au retour des vacances, comme tous les débuts de semaine d’ailleurs, parce qu’il peut vous donner des pulsions suicidaires. Ou alors, au contraire, de survie : « surtout pas ça ! je ne veux jamais être comme ça ! ». Il a fait le tour de son travail, de son poste et même de l’entreprise depuis des années. Pensez après trente ans au même endroit ! Il connaît tous les rouages, tous les ragots, tous les rapports de force officiels comme officieux, tous les dossiers, tout sur tout. Absolument tout. Et, du coup, il respire, il transpire l’ennui. Plus de surprise, plus de suspense, plus aucune montée d’adrénaline, plus de défi possible. Il a déjà tout vu, tout connu. Avec lui, impossible de rester ambitieux ou entreprenant. Une authentique machine à briser l’entrain au quotidien.

Et que peut inspirer le moulin à vent ? Vous souvenez-vous de la publicité pour les frites « Mac Cain » : « C’est ceux qui en parlent le plus, qui en mangent le moins » ? De cette espèce-là, il y en a quand même un sacré bon nombre : ceux qui passent plus de temps à vous expliquer comment ils ont réalisé quelque chose, ou vont le faire, qu’à agir vraiment. Ceux qui pompent votre temps précieux en vous détaillant longuement, point après point, ce qu’ils ont à faire et pourquoi ils sont débordés. Je dois reconnaître, quand même, que les individus de cette catégorie me fascinent. Ils n’ont, tout d’abord et a priori, aucun doute sur la véracité de leurs propos mais, bien plus grave, ils trouvent le plus souvent une oreille pour le moins attentive chez les N+1. De fait, non contents de travailler beaucoup moins que les autres, car parler autant est extrêmement chronophage, ils ont également le loisir d’être plaints, particulièrement accompagnés et, pire, récompensés par des primes et autres promotions liées à leur charge de travail ! Cette justice organisationnelle et humaine est une des principales sources de mon enthousiasme systématique à reprendre le chemin du travail.

Il y a aussi, comment dire, le copain du café du matin. Celui qui arrive toujours à la même heure que vous et que, mécaniquement, vous retrouvez systématiquement à la machine à café. Vous vous sentez toujours un peu obligé d’entamer la conversation, de peur de passer pour un sauvage. Mais, mois après mois, force est quand même de constater que, à part la météo et les conditions de circulation, vous n’avez absolument rien à lui dire. Et voilà qu’un moment que vous appréciez, le mauvais petit café du matin avant de vous jeter à corps perdu dans vos dossiers, devient, lui aussi, un moment pénible. Les premiers temps, vous vous disiez « nous allons apprendre à nous connaître, et on aura des discussions sympa ». Maintenant, vous vous dites « je n’ai absolument rien à lui dire à ce c…, mais si je n’y vais plus, il va penser que je l’évite ». Ce qui serait totalement vrai, mais vous ne voulez pas qu’on pense ça de vous. Et voilà, une contrainte de plus qui pèse sur votre journée !

Et cerise sur le gâteau, si je puis dire, le sournois lui aussi est toujours là. Il vous attend avec son sourire sardonique. Sourire sur les lèvres, matraque dans le dos. Mais si, réfléchissez, vous le connaissez aussi. Il vous a accueilli dans l’entreprise à bras ouverts et avec de grandes déclarations de principes sur la franchise dans les rapports professionnels, les bienfaits de la bonne circulation de l’information, son attachement à des relations claires et transparentes et, depuis, a multiplié les coups bas dans votre dos. Vous ne voyez-pas ? Mais si, il est là, tout proche. Nous en avons tous un sous la main ; ou plutôt dans le dos.

J’ai également une affection toute particulière pour le misogyne. Vous savez celui qui vous regarde, vous la femme, comme un pauvre morceau de viande (plus ou moins fraîche, en fonction de votre âge) égaré dans une réunion de décideurs et qui vous demande, benoitement : « Mais tu pourras être présente à cette réunion ? Ce n’est pas pendant les vacances scolaires » ? ou alors qui tente de freiner vos maigres ambitions d’un « Tu es sûre de toi ? Un si gros dossier ? J’avais pourtant cru comprendre que tu avais des enfants en bas âge… Non ? ». Vous reprendrez bien un Lexomil ?…

Le pire du pire est néanmoins sans doute ailleurs. Il s’agit de l’aigri entre deux âges. Il n’est plus du côté des jeunes. Il n’a pas non plus encore basculé vers celui des séniors, comme l’on dit désormais pudiquement. Entre deux âges, entre deux mondes. Il a perdu l’innocence, la naïveté, l’entrain et l’inconscience des débuts lorsque l’on croit encore que l’on peut changer les choses. Il a connu nombre de désillusions, a fait l’objet de coups bas et de frondes et, désormais résigné et fataliste, il est rongé par l’aigreur. Il n’a pas encore la sagesse de certains des plus âgés qui lui permettrait de relativiser bien des choses. Or, rien de pire qu’un aigri pas encore vieux. Baisser les bras alors que le champ des possibles reste ouvert, quelle horreur !

Cette personne, c’est parfois moi. C‘est peut-être vous également, par moment ? C’est en tout cas pour cela que j’ai une sainte horreur des retours de vacances : je me trouve de nouveau face à cette personne que je ne veux pas être, tellement éloignée de l’être détendu, optimiste et entreprenant que j’aspire à redevenir et que j’arrive, quelques semaines de chaque année, à approcher de nouveau.

Je vous parlerai une prochaine fois du Jeune Loup. Il a débarqué il y a peu dans ma bergerie… Heu, je voulais dire mon entreprise. Et celui-là aussi est redoutable. Je suis en train de l’apprendre à mes dépens.

J’aime / J’aimerais

Parce que nous sommes tous beaucoup plus difficiles à appréhender que nous n’en avons l’air à première vue… A fortiori lorsque nous répondons aux critères suivants : femme + jeune (encore quelques années et le « problème » sera réglé) + à la teinte capillaire évoquant plus Barbie que Marie Curie  … Donc, pour mieux me présenter, j’ai dressé la liste ci-dessous.

Au préalable, je tiens à apporter la précision suivante : j’écris « j’aimerais » parce que certaines choses relèvent encore d’une vie idéale dans laquelle je disposerais de temps et/ou d’argent à profusion…

Donc, j’aime / j’aimerais :

1) écrire;

2) rire et faire rire;

3) Lire (depuis peu, léger glissement de la sous-catégorie « j’aimerais » vers la sous-catégorie « j’aime » qui illustre un retour progressif, certes, mais régulier et certain, à la civilisation de ma petite personne);

4) les parfums (une des manifestations de mon côté frivole);

5) avoir le dernier mot;

6) rester longtemps sous la douche chaude (ma mauvaise conscience écologique);

7) jouer les femmes complexes (lire Le Monde puis Elle (c’est encore mieux dans l’autre sens…) dans le train et laisser mon voisin  d’en face perplexe);

8) relever de nouveaux défis (ma dimension battante);

9) faire toujours plus, toujours mieux (mon côté teigneux);

10) pleurer comme une gamine devant un film de « fille »;

11) dormir (sous-catégorie « j’aimerais » sans aucun doute possible);

12) voyager (même remarque), si possible vers des îles paradisiaques aux eaux translucides;

13) affecter la nonchalance alors que je maîtrise mon sujet;

14) jouer la blonde en laissant mon adversaire fanfaronner avant de lui asséner le coup de grâce qu’il n’a pas vu venir.

 

 

Ma journée-type

La semaine, elle ressemble à celà :

5h00 : réveil;

5h-5h15 : café + tartines au radar;

5h15-5h45 : rangement lave-vaisselle + préparation petit-déjeuner des enfants;

5h45 – 6h05 : douche + maquillage (une corvée récente désormais indispensable. Cependant, pas toujours un succès : souvent contre-productif de se maquiller la tête dans le sac pour effacer les traces de fatigue et du temps. Problème : on ne s’en rend souvent compte qu’à la lumière du jour et une fois bien réveillée, soit après avoir croisé en moyenne une quinzaine de personnes… );

6h05- 6h15 : réveil des enfants (bizarrement et contrairement au week-end, ils sont incrustés dans leur lit et n’arrivent pas à se lever) ;

6h15 – 6h30 : débarbouillage des enfants + lancement petit-déjeuners;

6h35 : bisous à Monsieur et aux enfants + départ;

7h00- 16h00 : repos ! … mais non, je plaisante : travail, avec trente minutes de pause obligatoire pour le déjeuner à la cantine d’entreprise;

16h00 : départ du bureau;

16h30 : récupération des enfants + sourires et discussions (souvent on ne peut plus passionnantes) avec d’autres mères de famille exténuées ou pas (j’ai une prédilection toute particulière pour celle qui sort de son cours de yoga ou de zumba et a eu une « frayeur absolument terrible » car elle a cru qu’elle ne serait jamais à l’heure… oh, my god, que d’émotions ! …) + arrêt à la boulangerie;

17h00 : arrivée à la maison / retour à la case départ;

17h00 – 19h00 : lessive + deux bains + devoirs + dîner à préparer (basique, hein, soyons honnêtes : l’essentiel est préparé en amont le week-end) +  coup de téléphone aux grands-parents qui ont langui toute la journée + discussion sur le palier avec la voisine qui a « encore » accepté de garder un colis pour moi (« oh, merci, mais merci beaucoup, vous êtes mais tellement gentille! »…. en même temps, si tu bossais aussi… enfin bref);

19h00 – 20h00 : dîner en famille (Monsieur est rentré et les enfants sont surexcités) soit, en moyenne : un verre d’eau renversé, dix « ne me coupe pas la parole« , trois « ne parle pas la bouche pleine » et deux « il n’y a pas à discuter : c’est danette ou papillote, pas les deux! »;

20h00 – 20h20 : lavage des dents + pipi qui ne veut pas venir + dernière histoire avant de dormir + coucher (alléluia !);

20h21 : deux cachalots s’affalent sur le canapé du salon.

Vous m’accorderez que, dans ces conditions, renouer avec ma passion pour l’écriture relève presque de l’exploit… Non? Car c’est précisément à cet instant là, alors que les choses se calment enfin et que mon corps tout entier n’aspire plus qu’à l’inactivité qu’il va falloir se remettre en selle et trouver l’énergie (encore…!) de rebondir pour mettre à profit le seul créneau dont je dispose (20h30 – 22h00, c’est un bon début après tout…).

 

 

Le champ du vieux coq

Le sujet de mon tout premier billet du jour, qui sera aussi un billet d’humeur, vient de m’être fourni – bien malgré lui, c’est certain vu son niveau – par un homme proche de la soixantaine qui n’a toujours pas compris que nous avions changé d’époque depuis belle lurette et qui paradoxalement, j’en suis sûre, n’hésiterait pas à coller son poing dans la figure à quiconque contesterait la légitimité de l’un de ses filles à faire des études et/ou à travailler…

Bref, rentrons dans le vif du sujet (c’est le cas de le dire, car je suis « à point », ulcérée que des propos similaires puissent encore être tenus à notre époque) : mes enfants, nos enfants, sont malades depuis plusieurs jours. Je les ai gardés en début de semaine. Mais, parce que j’avais des réunions importantes et parce qu’il a toujours été clair entre mon mari et moi que c’était « moitié/moitié » pour tous ces sujets, mon mari les a gardés en fin de semaine.

Un de ses collaborateurs l’a appelé cet après-midi pour lui indiquer que le grand patron (le fameux bonhomme archaïque évoqué plus haut) s’était étonné de son absence à la grande messe de ce matin. Ce à quoi un participant l’avait informé que mon mari, Monsieur P donc, avait dû rester chez lui pour garder ses enfants malades.

Et là, sublime répartie du macho de base : « Il n’a pas une femme, P ? ».

Autant vous dire que celle-là me plaît mais alors, beaucoup et que, si je l’avais en face, grand patron ou pas, je lui dirais ce que j’en pense et je ne manquerais pas de lui demander s’il a le caquet si haut chez lui, face à sa femme, en lui signifiant que ce sont souvent ceux qui la ramène le plus au-dehors qui s’écrase le plus à la maison.

Il est temps pour le vieux coq de céder la place…

Vivement la ménopause!

Dans la série « ces mots réconfortants que d’autres ont parfois pour vous », je me souviens souvent avec émotion de ceux prononcés par supérieure hiérarchique d’alors, lors de ma toute première année d’exercice professionnel. Je précise – parce que cela présente une importance pour mesurer toute la pertinence de sa « sortie » – que j’avais alors tout juste vingt-trois printemps.

J’ignore si c’était strictement physiologique ou si le stress généré par mon arrivée dans la capitale française (après tout un début de vie en province, qui plus est au soleil) et par mes débuts professionnels y était pour quelque chose, mais je souffrais alors régulièrement de terribles migraines, qui me clouaient au lit et arrivaient toujours au pire moment (exemple : au volant).

Un beau jour du mois de novembre (c’est du second degré : il ne risque pas de faire beau à Paris au mois de novembre…)  de cette année-là, je fus donc cueillie par cet horrible douleur (dans mon grand bonheur, je bénéficiais en outre d’un bonus : je souffrais de migraines ophtalmiques qui m’interdisaient même de marcher seule…) sur mon lieu de travail.

Après un passage, vain, par l’infirmerie où j’eu la chance de rester allongée plusieurs heures sur un matelas sentant le moisi et la poussière, le médecin du travail décida qu’il fallait me raccompagner chez moi. Et j’eu, pour cela, le grand honneur, d’être ramenée devant ma porte par le chauffeur et dans la voiture du grand patron.

Bref, ma petite migraine était devenue une affaire quasi d’Etat et ma supérieure qui, d’habitude, se contre-fichait de moi et de ma santé, fut bien obligée de prétendre s’en préoccuper – devant témoin bien évidemment – lorsque je revins au travail le lundi suivant.

Elle avait cette aigreur des personnes qui ont le sentiment d’avoir vieilli trop vite et raté leur vie. Elle en devenait mesquine et méchante, sans plus même s’en rendre compte et, sous chacune de ses phrases, semblait poindre cette pensée désespérante : « Je connais déjà tout ça, je suis passée par là« …

Ce fut de ma migraine comme du reste : elle connaissait mieux que les autres, et avait forcément quelque chose à dire sur le sujet. Sauf que, ce jour-là, je pense qu’elle aurait mieux fait de s’abstenir.

Ainsi, à l’occasion de la réunion de service, elle prit de mes nouvelles. Je répondis brièvement car je voyais bien que ce n’était que pure forme. Dès que j’eu fini, elle prit son air de « ma petite, je vais t’expliquer la vie« , pour asséner cette phrase magnifique qui laissa tous les participants pantois :

« Ne t’inquiète pas pour les migraines, cela passe avec la ménopause ».

Les hommes autour de la table ont apprécié à sa juste valeur cette affirmation on ne peut plus appropriée dans le milieu professionnel.

Quant à moi, quel soulagement d’apprendre que ça irait mieux …. dans trente ans !