Moments de solitude

J’ai décidé, ce jour, de pratiquer une petite séance d’auto-flagellation… pour sourire et se détendre !

Je souhaite, ainsi, revenir sur quelques situations embarrassantes et moments de solitude que j’ai pu connaître.

Je vais passer assez rapidement sur les classiques du genre, à savoir :

          Ne pas avoir remarqué que la porte automatique s’était refermée et continuer à avancer jusqu’à ce que l’impact me fasse réaliser que je viens de la prendre en pleine poire, sous le regard médusé des clients qui m’attendent dans le hall d’accueil et qui répriment encore un fou rire dans l’attente de savoir si je vais, ou pas, m’écrouler sous le choc ;

          Le plateau qui m’échappe malencontreusement des mains en pleine cantine, le bruit du verre et de l’assiette qui explosent, et pas moins de cinquante paires d’yeux braquées sur moi ;

          L’ascenseur bloqué pendant plusieurs minutes. Je suis alors seule avec le mec avec lequel je viens d’échanger des volées de bois vert en réunion… Un ange passe ;

          Ou encore la question maladroite (je regrette ces mots à peine ont-ils franchi mes lèvres) – et apparemment très répandue lorsqu’on en discute avec d’autres – à la collègue primipare depuis quelques mois : « Alors, c’est reparti pour un tour ? » et qui, évidemment, n’est pas du tout de nouveau enceinte…

Des situations embarrassantes dans ces registres nous en avons tous plus ou moins connues, sous des formes diverses et variées.

Je vais donc vous conter quelques « aventures » plus personnelles.

Lors de la première, mémorable, j’avais, tout juste, vingt-trois ans. J’occupais alors mon tout premier emploi dans une très grande entreprise parisienne, avec un très grand nombre d’employés qui déjeunaient sur place, à la cantine, chaque jour. Cela a son importance pour la suite du récit. Ce jour-là, je portais un pantalon noir un peu moulant et j’avais donc opté pour des dessous adaptés, si vous voyez ce que je veux dire… J’avais, depuis la fin de matinée, une sensation un peu bizarre de « frais » mais je n’y portais pas plus attention. Je suis donc descendue au rez-de-chaussée déjeuner avec mes collègues, l’esprit léger. J’ai fait la queue, pris mon plateau, traversé quasiment tout le réfectoire pour m’assoir et déjeuner, retraversé le réfectoire en sens inverse, rejoint mon bureau en arpentant les couloirs et suis, à cette occasion, passée devant plusieurs groupes de personnes prenant le café. Quelques minutes plus tard, une pause pipi s’imposait. Et là, horreur ! Je me suis aperçue que la couture arrière de mon pantalon était complètement … décousue ! Pas un peu, hein, bien comme il faut ! J’avais les fesses bien à l’air et beaucoup de monde avait probablement pu mater mon popotin ! J’ai cru mourir de honte dans les toilettes et j’ai peiné à en sortir, mon pull noué autour de la taille… Pendant plusieurs semaines, j’ai eu le sentiment qu’on murmurait sur mon passage et que les gens réprimaient des sourires entendus…

Je me souviens également, avec toujours un grand sentiment de honte, d’un ascenseur que j’attends depuis un petit moment déjà et qui arrive enfin. La porte s’ouvre. Je vois, bas dans mon champ de vision, comme quelque chose qui s’agite. Pensant qu’il était vide, j’ai déjà une première réaction embarrassante : j’ai peur, et je fais un bond en arrière. En fait, il s’agit d’une personne de très petite taille. Et comme je ne suis pas encore au fond du fond, mon cerveau ayant perdu, sous l’effet de la peur et la surprise, tout logique, je m’enfonce  pitoyablement encore plus bas en déclarant, comme pour justifier mon mouvement de recul : « Oh, désolée, j’ai cru que c’était un chien ! »… No comment, je vous en conjure. Il est curieux de constater que, par moment, le cerveau lâche totalement l’affaire…

Dans la série « mais comment puis-je être aussi c… », il y a aussi le téléphone mal raccroché après un échange téléphonique houleux avec un homologue, et moi qui hurle : « Mais il me fait c…, ce gros c … ! ». Stupeur quand je remarque que le téléphone n’est pas raccroché. Courageusement mais tremblante, je reprends le combiné pour entendre une voix d’outre-tombe chargée de reproches, me dire « J’ai tout entendu… ». Bon, d’un autre côté, je pense honnêtement qu’il le savait déjà. Mais je ne peux pas dire que nos relations se soient franchement améliorées ensuite.

Dans ce domaine, il faut aussi relever que les enfants sont de bons « pourvoyeurs » de situations pour le moins gênantes.

Comme, votre fils de six ans qui, devant une assemblée de mamans BCBG pour ne pas dire « prout-prout » amassée devant le portail pour la sortie des classes, s’élance vers vous en hurlant : « Ah, super ! Ma Mamounette qui pète ! ». Après, il ne faut pas qu’il s’étonne si son score d’invitations aux  anniversaires des petits copains s’écroule…

Ou, le plus jeune qui, dans les allées bondées de Carrefour un samedi après-midi crie à gorge déployée : « J’ai envie de faire un gros caca ! » ou, en plein repas avec un couple d’amis et leur progéniture, demande peut-être pas si innocemment que cela : « Pourquoi elle a des cheveux sur les jambes la maman de Malo ? » …. « Un peu plus de fromage ? du pain ? ». Non, du vin. Beaucoup de vin, c’est sans doute mieux. Tentons d’oublier tout ça

Allez, à vous de me faire sourire. Qu’avez-vous à nous raconter ?

 

Mauvais rêve

J’ai encore fait un mauvais rêve (j’hésite à employer le terme de cauchemar, la frontière étant ténue…). Ou, plutôt, j’ai encore fait « mon » mauvais rêve, car il revient régulièrement depuis la prime enfance.

Dans ce rêve, je suis immergée dans une sorte de monde parallèle, où toutes les choses et toutes les personnes que je côtoie sont à leur place habituelle, portent le même nom, vaquent aux mêmes occupations. En musique de fond, comme pour me plonger aussitôt dans l’ambiance, passe en boucle la fameuse et populaire chanson de Dutronc : « Fais pas ci, fais pas ça… ».

Dans ce monde-là, je ressens, à chaque pas, chaque mouvement et même chaque souffle, mon indéniable imperfection. Tout autour de moi ne semblent graviter que des personnes quant à elles parfaites, irréprochables, pleines de certitudes, absolument convaincues de leur bon goût et de la pertinence de leurs avis quel que soit le sujet. Elles s’attachent, avec grand soin, rigueur et surtout constance, à me remettre dans le droit chemin, à tout instant, à tout sujet : « Va par là », « Refuse ce boulot », « Ce n’est pas un mec pour toi », « Tu peux faire mieux », « Tu n’as pas le droit de dire cela », « Laisse, je vais te montrer ». Certaines sont moins, comment dire… frontales et prennent des chemins un peu plus détournés pour m’asséner leur savoir : « Si j’étais à ta place… », « Tu as raison, néanmoins… ».

Aussi loin que mes souvenirs me portent, j’ai toujours émergé de ce songe avec un profond sentiment de malaise et … d’agacement.

Le problème étant quand même qu’il revient régulièrement.

Après une nette accalmie au moment de l’adolescence et au début de ma vie d’adulte (je me suis même crue, un moment, guérie des traumatismes enfouis de mon enfance qui devaient forcément en être la source, il n’y avait pas d’autre explication envisageable !), mes rêveries en monde hostile et réprobateur ont repris de plus belle avec l’arrivée de mes enfants.

Les propos avaient quelque peu changé de teneur, mais l’idée de fond était toujours la même : d’autres savaient mieux que moi quoi faire et quand le faire. « Tu ne devrais pas le porter comme cela », « Laisse le pleurer », « Tu es beaucoup trop laxiste », « Ils sont trop gâtés », « Moi, à mon époque, « … Cela revenait sans cesse, encore et encore, sur tous les thèmes, tous les tons.

Et cela n’a pas plus cessé depuis.

C’est le soir. Je souffle un peu. Je sais que, pendant quelques heures, je vais laisser les Madames « Je sais tout » et les Messieurs « Y’a qu’à, faut qu’on », les donneurs d’ordre, les sages avisés, les expérimentés de l’autre côté de… mes yeux clos.

Oui, parce que vous le savez aussi sans doute, le mauvais rêve n’en est, hélas, pas un.

Mais pourquoi ? D’où vient donc ce besoin irrépressible de toujours vouloir dire à l’autre ce que l’on pense, vouloir à tout prix donner son avis, indiquer ce que l’on pense qu’il devrait faire ? De mon point de vue, cela illustre principalement deux choses :

  • Une incapacité largement répandue à se mettre à la place de l’autre, à s’attacher à le comprendre ;
  • Mais surtout, quoi qu’en dise beaucoup, une grande confiance en soi et en la valeur de son jugement au regard de celui des autres.

Bonne nuit à tous. Faites de beaux rêves.

Les femmes … et moi

Comme beaucoup de femmes, j’ai un rapport parfois compliqué aux … autres femmes.

J’aime tout particulièrement (humour…) :

          Les commères en puissance : « Elle est de nouveau (déjà ! mais quelle horreur, un retour de couches !) enceinte ou c’est juste qu’elle n’a toujours pas perdu ses kilos de grossesse ? ») ;

 

          Les jalouses maladives : chaque matin, passage au crible de haut en bas, de la tête aux pieds : « Dis donc, ça fait un bon moment que tu n’as pas refait tes mèches, non ?… » ou « Sympas tes nouvelles chaussures. Ce n’est pas les mêmes que celles que Blandine porte depuis un bon mois ? » ;

 

          Les curieuses : « Mais si, mais si, je vais te raccompagner jusqu’à ta porte, je préfère. Il fait nuit et par les temps qui courent… ». C’est cela, Martine, la seule chose qui t’intéresse c’est de voir la tête de mon mari et de juger du style de mon « intérieur ». Et tu y as pensé à ça : « Oui, mais du coup, lorsque tu vas repartir, c’est toi qui sera seule ! ». Et comme Martine est quand même super balaize, elle me cloue le bec d’un : « Mais non, ma chérie, ton mari me raccompagnera ! »… Oui, oui, c’est ça. Et tu ne veux pas non plus que je vous offre la nuit à l’hôtel ? Je vais rentrer en bus. Finalement, j’adore marquer un arrêt tous les dix mètres, partager la conversation téléphonique de plusieurs personnes, ainsi que leurs odeurs en fin de journée, me rattraper aux poignées glissantes de transpiration (en espérant que ce ne soit que ça) ;

 

          Les garces : « Ah, bon ? Tu m’avais vraiment demandé de ne pas répéter au nouveau chef que tu le trouvais prétentieux ? » ;

 

          Les charmeuses (regard de biche, battements de cils, doigts qui glissent sensuellement plusieurs fois les petits cheveux rebelles derrière l’oreille…) : « Oh, je suis tellement désolée Monsieur le Directeur… Je vous assure, j’ai pourtant essayé de faire de mon mieux…. Je ferais encore plus d’efforts la prochaine fois ! » ;

 

          Les menteuses : « Désolée, absolument navrée pour la réunion d’hier, j’ai eu des vertiges terribles toute la journée !… Mon médecin ? Ah, ben non ! Je n’ai pas pu le voir, il est en congés. De toutes les façons, j’étais si mal, je n’aurais même pas pu l’appeler ! Comme je vais un tout petit peu mieux aujourd’hui, je me suis dit que je ne pouvais pas vous laisser tomber un jour de plus ! Malade ou pas, je dois aider les collègues ! Et me voilà… Bon, par contre, comme je suis encore convalescente, je partirai de bonne heure ce soir… ».

 

Vous en avez aussi vécu des situations comme celles-là, hein ?!!! Je pressens bien votre air entendu à la lecture de ces lignes.

En tout état de cause, recensé ainsi il faut avouer que cela ne fait pas franchement envie tous ces « spécimens ».

Un jour, excédée par je ne sais plus quel comportement ou quelle réflexion d’une congénère, j’avais d’ailleurs lâché devant ma Chef (une féministe de haut-vol, soyons précis !) : « Je rêve de gérer une équipe d’hommes… ». Je n’aurais pas dû. Je me suis pris en retour une superbe volée de bois vert, avec moult exemples tirés de sa propre expérience d’équipes d’hommes « pire que des femmes entre elles » (c’est dire…) qui en venaient quasi quotidiennement aux mains et finissaient souvent, en larmes, dans son bureau.

Au final, elle avait raison ma Chef : les hommes aussi excellent souvent dans l’envie, la jalousie, le mensonge, la drague et la séduction éhontées pour parvenir à leurs fins, le mensonge, la curiosité déplacée… Nul apanage féminin en vue !

Ainsi, lorsqu’une …. puante me hérisse le poil de bon matin avec une remarque désobligeante, un regard malveillant ou, pire encore, en m’ignorant purement et simplement, je me force à penser à mon plus grand confident, mon ami le plus proche, celui qui a toujours été là pour moi quand c’était nécessaire, qui sait me remettre à ma place lorsqu’il le faut, me secouer parfois, me comprendre toujours, me faire rire et tout oublier et …qui n’est autre qu’une femme !

Alors, non, ce n’est pas vrai : quoi que j’en ai dit par le passé, je ne préfère pas systématiquement la compagnie des hommes parce qu’avec eux tout serait plus simple ou plus franc.

Homme ou femme, ceux que je n’aime pas et que je fuis comme la peste, ce sont … les cons, sous toutes leurs formes, incroyablement diverses et variées. Et Dieu sait s’il y en a.