Un peu de crush dans nos vies

Au début, avec mon cher et tendre, nous nous sommes trouvés plein de bonnes excuses en affirmant, en vrac :

          Il faut nous reconnecter un peu avec notre temps et ne pas devenir vieux avant l’heure ;

          Nos enfants sont incontestablement de la « génération tactile » et ils doivent pratiquer pour ne pas décrocher (oui, je sais ce que vous pensez…) ;

          Pour simplement checker (oui, on essaie de parler jeune et branché) nos mails le soir, sur le canapé, c’est un peu ballot d’installer le portable (et dire, qu’il y a deux ans à peine, nous le trouvions tellement léger et pratique par comparaison avec ses prédécesseurs écran + tour associée).

Nous nous sommes également fixés de beaux principes :

          Nous établirons des règles strictes d’utilisation pour les enfants ;

          Nous veillerons scrupuleusement à leur respect ;

          Nous serons intraitables en cas d’entorse ;

          Nous donnerons l’exemple.

Convaincus du bienfondé de notre démarche, nous avons donc économisé puis acquis la bête, la chose.

Et, bilan des courses, six mois après l’entrée de la tablette dans notre famille :

          Dès que nous avons besoin d’un moment de calme, nous la collons dans les mains de nos enfants ravis ;

          Elle est littéralement tapissée d’empreintes digitales de toutes les tailles. Un festin potentiel pour une équipe de policiers scientifiques ;

          Nos enfants n’ont absolument pas besoin de nous pour leur expliquer quoique ce soit et n’hésitent pas à dresser leur liste de courses sur l’Apple store (heureusement qu’il y a un mot de passe pour télécharger, sinon je n’ose imaginer où nous en serions…) ;

          Les applications « intelligentes » téléchargées dès le premier jour (puzzles, alphabet et couleurs en anglais, jeux de logique…) sont tombées aux oubliettes et seules les icônes Pokemon, Leggo Chima ou Angry Birds trouvent grâce à leurs yeux ;

          Ils se disputent sans arrêt sur le ton : « Tu as gaspillé toutes mes vies ! » ou « Tu as dépensé tous les diamants que j’économisais depuis plusieurs jours ! »ou encore « Tu y as joué deux minutes et quarante-cinq secondes de plus que moi ! » et nous n’avons trouvé comme parade que de prétexter la mise en charge pour confisquer l’engin (avant d’aller nous cacher aux toilettes avec…) ;

          Ils semblent démunis lorsqu’ils ne jouent pas avec, à tel point que nous nous sentons obligés de menacer : « Si vous vous ennuyez et ne trouvez pas à vous occuper avec tous les jouets que vous avez, c’est qu’ils ne servent à rien et qu’on peut les donner à de pauvres petits enfants qui, EUX, sauront les apprécier ! » ;

          Mais, surtout, cela a ravivé de vils instincts chez mon mari et moi…

Ainsi, le soir, c’est à celui qui éjectera le plus rapidement l’enfant qu’il doit coucher pour se ruer dans le salon et se saisir de l’objet avant l’autre !

Mauvaise perdante, lorsque j’ai constaté que mon mari était incontestablement meilleur que moi à « Jelly Splash », j’ai cherché un nouveau jeu, rien que pour moi. Aidée par les articles dans la presse, j’ai jeté mon dévolu sur « Candy Crush ».

J’ai bien progressé quelques temps, puis stagné un long, très long, moment au niveau 23.

Animé par un désir de compétition (ou peut-être était-ce vraiment l’envie de m’aider ?) mon mari s’est mis en tête de franchir ledit niveau. Et… j’ai piqué une crise terrible lorsque je l’ai surpris, en flag, en train d’essayer de réussir la partie de MON jeu, en douce !

Toujours mauvaise joueuse, je me suis dit qu’il fallait sans doute revenir aux basiques éprouvés et, surtout, maîtrisés, de ma jeunesse (si, si, souvenez-vous de la game-boy grise !). Mais « Tetris » et « Pac Man », ce n’est décidément plus non plus comme avant…

Ou, peut-être, est-ce moi qui suis moins vive et concentrée ?

Si j’avais su que cette fichue tablette me conduirait à des questionnements existentiels sur l’état de mon cerveau et de mes réflexes et me ramènerait à des pulsions infantiles de jalousie…

Bon, et puis un jour, alors que j’houspillais mes fils qui escaladaient le canapé pour suivre ma partie tout en jouant fébrilement, je ne sais comment mais un œuf démesuré a envahi l’écran et pulvérisé toutes les petites friandises qui me pourrissaient la vie depuis plusieurs jours… J’avais franchi le niveau 23.

Depuis une semaine, je stagne au 29. C’est reparti…

D’humeur massacrante

Depuis lundi dernier, je suis d’une humeur massacrante. Ça ne change pas beaucoup diront ceux qui ne m’apprécient pas. Ou les plus lucides, peut-être.

Moi, je concède que je suis encore plus infernale qu’à l’accoutumée.

Cela me prend dès le réveil et ne s’arrête même pas avec le coucher. Même la nuit, je suis de mauvaise humeur : je balance de vils coups de pieds à mon époux s’il se colle trop à moi, je tire rageusement sur le polochon ou la couette dès que je juge qu’il s’en est accaparé un peu trop, je le tapote sur les fesses dès qu’il commence à respirer un peu plus fort, avant même qu’il ne commence vraiment à ronfler.

Je houspille mes fils, trop lents à s’habiller, dès le réveil. Je les presse d’avaler leur lait, j’exige qu’ils se débarbouillent seuls.

Je m’énerve contre les feux tricolores qui semblent avoir été programmés pour passer au rouge dès que ma voiture paraît, je me moque en ricanant du chroniquer culinaire de France Info, je peste contre le propriétaire du touareg qui a osé se garer sur MA place attitrée sur le parking de l’entreprise.

Je ne supporte rien, ni personne. Je n’ai aucune patience.

Je m’énerve contre l’ascenseur trop long à arriver, mon collaborateur qui n’a encore rien compris à ce que je lui avais demandé, la porte de mon vestiaire trop difficile à ouvrir, mon PC qui rame pour démarrer le moindre programme, les pâtes trop cuites à la cantine.

Je bois des litres d’eau et pique plusieurs crises par jour lorsque je constate que les toilettes des femmes sont, encore, occupées.

Je mâchouille compulsivement des tonnes de gommes quand je ne dévore pas des dizaines de mignonettes de chocolat noir.

Je ne tolère pas la moindre minute d’inactivité. Je traque fébrilement le moindre temps mort.

J’ai tantôt le triceps droit, tantôt le triceps gauche qui me démange terriblement.

J’ai l’impression d’enfler à vue d’œil et d’être menacée d’une explosion de slim à tout moment.

Je trouve les gens, les choses, trop lents, trop mous.

J’ai des douleurs dans la mâchoire à force de crispations.

Je m’oblige à monter et descendre les quatre étages qui mènent à mon bureau sur la pointe des pieds.

Et puis, par moments, surtout tôt le matin, et tard le soir, j’éprouve du vague à l’âme. Je me souviens, comme avec nostalgie, qu’il était bon de …fumer…

Et de ne pas avoir envie de sauter la gorge de tout le monde, de ne pas mâcher des chwing-gums infâmes à longueur de journée, de ne pas avoir envie d’arracher ce foutu patch qui gratte mais sans lequel j’ai l’impression que je n’y arriverais pas.