Noel 2014

Les fêtes approchent à grands pas.
Les enfants piaffent d’impatience, les plus jeunes n’en peuvent plus d’être sages pour éviter les mauvaises surprises au pied du sapin (ah, la peur du gendarme, qu’elle est efficace !), les adultes courent en tous sens pour trouver les derniers cadeaux, boucler le menu du jour J, ne pas laisser trop de choses en plan au travail avant l’orgie familiale annuelle.
La majorité d’entre nous est donc actuellement tiraillée, entre excitation et peur…
Peur de la crise de foie, du pugilat pendant le repas si Tonton Gilbert lance le sujet « nos politiciens sont tous pourris », de la déception de Grand-Mère Jeannette en déballant l’étole à 200 euros, de la tête déconfite de Lulu si la voiture télécommandée n’est pas rouge comme à la télé, du chapon brûlé, de la guirlande lumineuse qui ne clignote plus, du bug de cousin Edouard lorsqu’il a un coup dans le nez (« Quand même, quelle connerie de faire croire aux gamins qu’un gros bonhomme en rouge habite au pôle Nord et fabrique des jouets toute une année, avec des lutins ridicules, pour les livrer seulement aux enfants sages le jour de Noel ! »), de la gueule de bois du lendemain, ….
Peur que tout ne soit pas aussi parfait, beau et bon qu’imaginé et espéré tout au long de l’année, en attendant le jour J.
A l’approche de ce Noel 2014, une autre peur m’habite. Une grande tristesse aussi.
Celle que je partage, si peu équitablement (si je pouvais en prendre plus, pour les soulager !), avec une femme, une mère, et ses deux enfants qui viennent de voir partir leur mari, leur père, à un âge auquel ce n’est pas admissible.
Je n’ose imaginer à quoi va ressembler leur réveillon. Sans lui.
Je ne peux penser à ce qu’ils ressentiront, chaque année, à l’approche de cette date.
Je trouve la vie, cette fois, tellement mal faite : des enfants qui ne pourront probablement plus jamais se réjouir de l’arrivée de cet évènement comme tous les autres. Une mère, qui chaque année, mettra un voile sur sa peine pour offrir, malgré tout, une vraie fête à ses enfants. Des oncles, des tantes, des amis, des cousins, des cousines, qui tenteront de combler par une présence bruyante le vide immense, sans limite, laissé par l’absent.
Alors, cette année, mon Noel aura un goût amer, c’est certain. Evidemment sans commune mesure avec la détresse de cette famille. Il faut que j’ai la pudeur de rester à ma place.
Je vais donc m’appliquer, encore plus que de coutume, à savourer la présence de chaque personne attablée à mes côtés. A ne pas voir tout ce qui ne va pas, tout ce qui n’est pas à sa place, tout ce qui a été dit et qui aurait dû être tu, tous les mots j’aurais voulu entendre et qui n’ont pas été prononcés…
Je vais m’attacher à prendre pleinement conscience de tous ceux qui sont là, les miens, que j’aime et qui m’aiment en retour.
Ce sera ma bien maigre façon de rendre hommage à cet homme parti trop tôt.
A ce mari, ce père, cette place vide autour de la table, cette béance sans fond que laisse son absence dans leurs vies.
Rendre hommage, aussi, à cette femme, cette mère, d’une dignité et d’un courage exceptionnels.

Tu dois prendre du temps pour toi

« Tu dois prendre du temps pour toi… ».
Vous avez probablement, vous aussi, entendu cette phrase, surtout si vous êtes :
– femme,
– active
– et mère de famille et que vous présentez un ou plusieurs des symptômes suivants :

– Cernes tellement incrustés et permanents que mêmes vos propres parents ne se souviennent plus de la tête que vous aviez sans ;
– Cerveau qui se met à carburer dès le premier pied posé hors du lit ;
– Perte manifeste d’une grande partie de votre légendaire sens de l’humour (avant, vous arriviez à sourire en entendant : « Quoi la tasse de café sur le rebord du lavabo ? J’ai trouvé que ça faisait design… ». Ce n’est plus le cas) ;
– Vous ne répondez plus au téléphone lorsque votre super copine Marie-Jeanne vous appelle car vous craignez d’y passer des heures et… vous n’en avez absolument pas le temps ;
– Perte, manifeste elle aussi, d’une grande partie de votre tout aussi légendaire mémoire et addiction confirmée aux « post-its pense-bêtes » pour ne plus risquer d’oublier des choses importantes (sur le réfrigérateur, à la maison, tout autour de votre écran de PC au bureau, dans votre agenda, voir sur le tableau de bord de la voiture pour les plus atteints…) ;
– Nette appétence pour les soirées de « vieux », vautré sur le canapé du salon ;
– Difficulté à parler d’autres choses, les cinq premières minutes passées, que de vos enfants, des nez qui coulent, des pantalons troués, des samedis saturés d’anniversaire aux quatre coins de la ville, du retour des poux en maternelle, des récréations sans surveillance attentive, du manque d’investissement (pas vous, hein !) des autres parents dans la vie de l’école, etc…
– Irritabilité, agacement, impatience ;
– Besoin, presque vital, de pouvoir n’absolument rien foutre ne serait-ce qu’une heure par semaine.
Dans ce cas, vous avez, vous aussi, besoin de prendre du temps pour vous. Et vous le savez fort bien. Mais, vous n’en avez pas franchement le loisir. Je sais tout ça.
Alors, cette phrase, assénée comme une vérité de grands sage : « Tu dois prendre du temps pour toi »…. Hum !!!!
Elle émane, à n’en pas douter, de personnes bien intentionnées qui ne recherchent que votre propre bien-être, s’inquiètent pour votre santé physique… et mentale. Et peut-être pour la leur, aussi…
C’est gentil, touchant, vrai…
Mais c’est aussi une injonction de plus à ajouter à une liste sans fin :
– Etre une bonne mère (c’est-à-dire selon l’interlocuteur : ne pas s’énerver, prendre le temps de parler, jouer, expliquer, être patiente et disponible, être juste à tout instant/tout moment/sur tout sujet,…) ;
– Manger équilibré et, surtout, cuisiner équilibré (et fait-maison, sinon ça ne compte pas !) pour ses enfants (voir point précédent !) ;
– Etre réactive, constructive, force de proposition, disponible et opérationnelle 5 jours sur 7 au travail ;
– Ne pas fumer ;
– Ne pas boire (ou alors, très modérément : pas plus d’un pauvre petit verre de rouge par jour) ;
– Etre coquette et féminine, mais ne pas s’habiller comme l’adolescente qu’on est plus ;
– Répondre au téléphone à Mamie Jeannette, avec calme et patience, même s’il est dix-neuf-heures et que c’est la course aux devoirs/bains/repas ;
– En voiture, ne jamais regarder qui appelle lorsque le portable sonne (décrocher, n’y pensez-même pas !) ;
– Pratiquer une activité physique régulière ;
– Ne pas oublier que vous étiez, et que vous êtes toujours, une femme avant d’être une mère ;
– Etre présente et disponible, à tout moment et à toute heure, pour vos amis ;
– Ne pas être en retard au travail ;
– Ne pas être en retard à la sortie de l’école ;
– Ne pas être en retard chez la psychomotricienne ;
– Ne pas être en retard pour l’entrainement de hand des petits ;
– Laver les traces de doigts sur les hublots des enfants chaque soir, pour qu’ils repartent chaque matin en y voyant clair ;
– Ne jamais se coucher sans s’être démaquillé ;
– Boire 1.5 litre d’eau par jour et ne pas sortir de réunion toutes les trente minutes pour aller faire pipi ;
– Dormir au minimum sept heures par nuit ;
– Ne pas laisser sentir à votre équipe que vous n’en avez dormi que trois la nuit précédente (pour cause de vomi enfantin) en passant vos nerfs sur elle ;
– Acheter local et de saison (bio c’est encore mieux) et éviter les fruits et légumes de supermarché (surtout l’ananas de l’autre bout du monde et tant pis si vous adorez ça !) ;
– Ne mangez des œufs que de poules élevées en plein air ;
– Ne pas manger trop de viande rouge ;
– Ne pas manger trop de poisson non plus (pour cause de mercure et autre réjouissance) ;
– Aimer le tofu ;
– Aimer le quinoa ;
– Ne pas manger Mac Do trop souvent (pas du tout serait même mieux) ;
– Descendre du bus un arrêt plus tôt et finir le trajet à pieds (même si vous êtes déjà en retard au travail… Voir plus haut « activité physique régulière ») ;
– Ne pas avoir de poils aux pattes (voir plus haut « ne pas oublier que vous êtes une femme ») ;
– Commencer les cadeaux de Noel dès début novembre pour éviter de devoir expliquer au petit dernier que « Papa Noel n’a pas pu trouver la super villa moderne Playmobil » et vous enferrer en tentant de trouver une réponse à sa question : « Mais ce n’est pas lui qui fabrique les jouets, avec ses lutins ? »
– Ne pas vous apitoyer sur votre sort : il y a bien plus malheureux et débordé que vous ;
– Lire, sortir, vous cultiver ;
– Etc….
Vous avez probablement votre propre liste de choses que vous devriez faire, simultanément et tout au long de l’année, si vous étiez une personne parfaite, sans coup de mou et, miracle, bénéficiant de journées de 48 heures minimum…
Mais vous n’êtes pas parfaites. Pas plus que moi. Et vos journées, comme les miennes, n’ont que 24 heures (amputées des 7 de sommeil que vous devez respecter !).
Alors, oui, nous prendrons du temps pour nous… dès que nous en aurons le temps !