Ma pimbêche

Dans la petite équipe que j’encadre (ouais, je sais, ça fait toujours bien de dire qu’on encadre !), j’ai une pimbêche. Ma pimbêche. Comme pourrait dire Renaud « Ma pimbêche, celle qu’elle est à moi »…
Lorsque elle arrivée en CDD, elle était toute jolie, toute douce, travailleuse, discrète, sensible, ouverte aux autres, souriante, motivée.
Sûre de mon choix, je me suis battue pour que, à l’issue de son CDD, un CDI lui soit proposé. Le combat a été âpre, en période de restriction et d’économie, mais j’ai tenu bon, encaissé des coups et des réflexions et, au final, nous l’avons eu son CDI !
Et le moins que l’on puisse dire c’est que je n’ai pas été déçue de mon investissement :
– Haussement d’épaules et/ou de sourcils et soupirs dès que je lui demande quelque chose ;
– Aptitude exceptionnelle à considérer qu’elle est meilleure que le reste de l’équipe et qu’elle n’est pas employée et surtout reconnue à sa juste valeur ;
– Conséquence logique : capacité à envisager de tuer père et mère pour prendre la place du chef (= moi !) ;
– Incapacité totale à parler d’autres choses que de ses enfants et son mari (beaux, parfaits, brillants, drôles, toujours pertinents…) ;
– Potentiel de nuisance élevé (« Je ne voudrais avoir l’air de dénigrer le travail des autres, mais quand je reprends ses dossiers pendant ses congés, je ne vous raconte pas ce que je découvre !… ») ;
– Ingratitude absolue, sur tout et tout le temps : jamais un « merci » pour une formation obtenue à l’arrachée, le passage d’un bureau partagé à un bureau seul, la rédaction d’un rapport pour appuyer une demande d’évolution… Jamais non, mais c’est normal puisque tout lui est dû !
Le temps passant, la colère de la déception oubliée, il faut quand même reconnaître que j’y suis un peu attachée à ma pimbêche. Elle est tellement prévisible dans ses réactions et sa mauvaise humeur que cela m’amuse aujourd’hui. Elle assure la cohésion du reste de l’équipe… contre elle. Elle me permet d’être respectée des autres en m’offrant le loisir et les prétextes pour montrer que je sais être ferme/glaciale/dirigiste. Elle est ma piqure de rappel quotidienne : que les autres sont coulants et faciles par comparaison !
J’ai longtemps prié pour qu’elle postule et soit retenue sur un autre poste. Mais aujourd’hui, si elle partait, il n’est pas exclu, donc, que j’en éprouverais un petit pincement au cœur.
Alors, je voulais te dire, à toi ma chère pimbêche, si ton objectif était de me pourrir la vie… C’est complètement raté !
Bien à toi,

Changement de scène

On a beau dire, on a beau faire, une fois qu’on a quitté la fac ou l’école, le boulot reste tout de même l’un des meilleurs observatoires de ses contemporains qui y dévoilent et y déploient – plus ou moins finement – tous leurs travers, leurs défauts, jalousies et autres bassesses.
Au final, les protagonistes sont les mêmes que dans la cour de récré du collège (l’intello, le lèche-botte, le frimeur, la pimbêche, le rebelle, le geek, le glandeur, le crado, …) : ils ont simplement un peu vieilli et changé de scène pour tenir leur représentation.
Ce qui change vraiment, c’est l’argent.
Qui a le plus gros salaire ? C’est la question cruciale qui draine toutes les autres : qui ne le mérite pas ? Qui a couché pour en arriver là ? Qui est nanti ? Qui peut frimer dans sa grosse voiture ou se payer des Louboutin ?
Avant la boulot la problématique financière est certes là (qui a les plus belles fringues de marques ? Qui part au ski deux fois par an à la mer l’été ? qui a des profs particuliers ? qui a une voiture dès son dix-huitième anniversaire ?…), mais ce n’est pas pareil : on frime alors avec l’argent des autres (= ses parents ou assimilés).
Au travail, ce qui se joue, c’est l’équation suivante :
Gros salaire = gros poste = grandes compétences.
Qui est, parfois, confirmée. Mais, le plus souvent remise en question, parce que nous savons tous que la plupart du temps, c’est celle-là qui se dessine :
Gros salaire = gros con prétentieux
Par moments, cela énerve, c’est vrai. Mais, soyons lucide : que la vie au boulot serait triste et fade si tout n’était que justice et mérite : plus de ragot, plus de manipulation, plus de messe basse, plus de coup bas !

Jeu de société

C’est le week-end et vous avez décidé de sortir du placard quelque vieux jeu de société.

Mais que vous a-t-il pris ? Pourquoi avez-vous fait ça, malheureux ?

Voilà vos bonnes raisons :

1) Pour passer un moment sympa avec vos enfants – hors des « ramasse tes voitures » (après avoir pris une gamelle dans le salon), « tu viens immédiatement, c’est l’heure du bain ! », « mets tes mains sur la table ! », « enlève tes doigts du nez », « tu as fait tes devoirs ? », « non, on ne peut pas aller à l’école en pyjama ! » – et vous convaincre que vous êtes un bon parent qui ne se limite pas à ses fonctions régulatrices ;

2)  Pour leur apprendre à perdre, dans la bonne humeur (et ce n’est pas une mince affaire) ;

3)   Pour leur apprendre à rester assis plus de deux minutes d’affilée ;

4)      Pour leur apprendre à attendre leur tour ; 

5)      Pour leur apprendre à respecter des règles ;

6)      Parce qu’il pleut encore en ce dimanche après-midi (c’est énervant, hein, quand il a fait un temps de curé toute la semaine ?!) et que vous vous dites qu’il faut les occuper un peu avant qu’ils ne se tapent dessus (ou que vous ne vous jetiez contre les murs d’exaspération !!!) ;

7)      Parce que vous croyez vous souvenir que vous aimiez ces moments partagés, lorsque vous étiez enfant, avec vos parents et vos frères et sœurs. Que la mémoire nous joue des tours parfois…

Alors, pourquoi diable cela part-il en sucette quasiment systématiquement ?

1)      Parce qu’aucun enfant n’est jamais bon perdant ;

2)      Parce qu’aucun enfant ne peut s’empêcher de faire marner l’autre « j’ai quinze points et toi deux ! », vous « ça n’a pas d’importance qui gagne ou perd, l’important est de passer un bon moment ensemble », lui « oui, mais j’ai quand même 15 points et lui 2 ! » ;

3)      Parce que tous les enfants se rendent compte, au bout de quelques parties, que vous les laissez volontairement gagner et que ça dégénère « Tu fais semblant de perdre, c’est parce que tu me trouves vraiment trop nul Ouin…  Je suis nul !» ;

4)      Parce que tous les enfants finissent, après quelques minutes, par être meilleur que l’adulte qui s’était cru obligé de les laisser gagner (c’est comme pour les tablettes : quel adulte inconscient pense encore pouvoir apprendre quelque chose à un enfant en la matière ?) ;

5)      Parce que, cette petite étincelle mesquine qui s’allume au fond de leurs yeux lorsqu’ils vous mettent une raclée ranime en l’adulte que vous êtes l’enfant que vous n’avez jamais cessé d’être…. Et là, vous commencez à râler, vous tentez de tricher un peu pour sauver la face, vous êtes de mauvais foi, vous nous énervez et finissez par mettre fin à la partie d’un bien adulte et mur  : « Ce jeu est stupide. On a assez joué, j’ai du linge à plier ! »