Peut-on encore jurer passés trente ans?

Depuis quelques jours, une question existentielle me taraude : peut-on encore jurer passés 30 ans (bien passés les 30 même, pour dire la vérité…) ?

Je m’étais bien calmée depuis quelques années (pour cause de responsabilités professionnelles, d’enfants à charge…) mais l’envie de me défouler en lâchant un bon gros vieux truc pas piqué des verres revient avec force ces derniers temps.

Du coup, je me demande : est-ce bien raisonnable à mon âge ? Est-ce que ça se fait encore lorsqu’on est une mère de famille honorable et un cadre respectable ?

J’admets que cette dernière question est un peu étrange : le principe même de la grossièreté c’est que précisément « ça ne se fait pas ».

Mais il me semble qu’en la matière, comme dans beaucoup d’autres, une certaine gradation existe : si tout le monde est enclin à passer rapidement l’éponge sur un petit « putain » lâché subrepticement au détour d’une phrase, voire même sur un moins discret « fait chier », je doute qu’un « il me casse les couilles celui-là » ou « je m’en tamponne le coquillart » recueille la même bienveillance.

Et c’est là que se situe le cœur de mon problème : quand j’évoque l’envie de jurer qui me submerge, elle relève plutôt du registre « bien salé » que « des vulgarités du quotidien ».

Pour être tout à fait honnête, la réponse à ma question, je la connais déjà : non, ça ne se fait pas de jurer, et sans doute encore moins lorsqu’on joue à la mère de famille honorable en privé et au cadre respectable au travail.

Et pourtant, je crois bien que je vais m’autoriser un petit dérapage de temps à autre, parce que ….

1) Mon Dieu, que ça fait du bien ! (pensez au « connard !!!!! » haineux lancé à celui qui vient de vous griller la priorité : il vous permet d’évacuer une grande partie de votre rage!) ;

2) Ça déstabilise bien des interlocuteurs sûrs d’eux et permet, dans certains cas, de reprendre le dessus ;

3) Ça choque/fait réagir (j’ai noté que certaines personnes de mon équipe retiennent mieux mes explications sur des dossiers lorsque je les ponctue de gros mots…Mystérieux n’est-ce-pas ?) ;

4) Ça donne une « crédibilité virile de camionneur » et permet de s’extirper de la case oppressante de la blonde bien gentille / plante-verte / caution morale de parité ;

5) Par moment, j’adore ça, inventer des trucs terribles ! (quel que soit l’âge, n’a-t-on pas tous besoin d’une dose de transgression pour se sentir vivant ?).

Et vous, quel grossier personnage êtes-vous?

 

 

 

Trois choses dont je suis fière – 29 avril 2015

Dans ma quête quotidienne (personnelle bien que très largement partagée de ce qui ressort de mes fréquents échanges avec mes contemporaines) de « mieux-être/ lâcher-prise / abandon de mes velléités plus ou moins conscientes de perfectionnisme / considérer le verre comme à moitié plein », j’ai décidé, pour commencer (ça ne me semble pas trop compliqué ni chronophage), de recourir à une méthode conseillée par une amie avertie (Elodie qui cherche, elle aussi, à ralentir : www.elodieralentit.com/) : noter, pour chaque jour écoulé, trois choses que j’ai faites / dites/ non faites/ non dites et qui me procurent satisfaction.

Alors, voilà, je me lance.

Pour la journée d’hier :

1) Je suis fière d’avoir réussi à ne pas donner le bain à mes enfants, alors même que beaucoup d’éléments jouaient en ma défaveur : c’était une journée d’école (= potentiellement beaucoup plus salissante et chargée en microbes qu’une journée passée dans le cocon familial), de grand vent (= aie, les pollens dans les cheveux ramenés sur les taies d’oreillers !) et pluvieuse (= boue, verres de terre tripotés, etc). Je me suis contentée d’un décrassage du visage et des mains. Un exploit : bravo !

Bilan : ils étaient ravis (ils ont eu plus de temps pour échanger des cartes Pokemon avant le dîner). J’étais beaucoup moins speed (dans le planning, deux bains de moins, ce n’est pas rien !) et j’ai même eu le temps ….

 2)  … de faire une salade de fruits frais (fraises, pommes, poires, bananes ; kiwis) qui a eu le temps de mariner un peu avant dégustation.

Bilan : tout le monde s’est régalé au dîner (avec le jus, les fruits étaient beaucoup plus mous et les enfants ont adoré) et j’ai eu le sentiment d’être une bonne mère (= qui nourrit sainement des enfants détendus parce qu’ils n’ont pas pris leur bain au pas de charge… CQFD) ;

3)  D’avoir snobé sans le moindre état d’âme le père de famille qui, tous les soirs à la sortie de l’école, s’obstine (depuis près de 5 ans maintenant !) à ne pas répondre à mes « bonjour », même lorsque je suis collée sous son nez ! J’ai réussi à jeter aux orties les « donne le bon exemple à tes enfants » / « ce n’est pas parce qu’il y a des cons qu’il faut aussi se comporter en con » / « tu finiras bien par l’avoir à l’usure » ….

Bilan : c’est jouissif de prendre un con pour …ce qu’il est ! Et puis, à la petite lueur de surprise que j’ai vue dans ses yeux quand je l’ai regardé fixement plusieurs secondes sans articuler le moindre mot, il n’est pas impossible qu’il me salue la prochaine fois !

Coups de coeur littéraires

En matière de littérature, je suis comme beaucoup : j’ai des goûts éclectiques et je fais souvent le grand écart entre des styles, des thématiques et des tons opposés…

Et, des bouquins, j’en ai avalés un paquet depuis le Cours Préparatoire (ah, les passages à la bibliothèque municipale avec mon père, le mercredi après-midi, pour reconstituer les stocks !).

Impossible, donc, de me souvenir de tout et je serai probablement, dans quelques heures ou quelques jours, extrêmement frustrée en découvrant que j’ai oublié tel ou tel ouvrage… mais qu’importe, je fais l’exercice aujourd’hui, avec la matière que mon cerveau est capable de mobiliser en cet instant, de dresser la liste de ceux qui m’ont marquée.

Peut-être que cela pourra vous donner des idées si le prochain week-end est pluvieux …

Dans la catégorie « J’aime me faire pleurer / me faire du mal » :

1)   La nostalgie de l’ange, d’Alice Sebold (une fameuse Elodie qui tente de ralentir m’en veut encore, j’en suis sûre, de lui avoir collé dans les pattes : elle n’a cessé de pleurer en le dévorant !)

2)  Quitter le monde, de Douglas Kennedy (un tord- boyau qu’on ne peut cependant pas lâcher !) ;

3)   Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part, d’Anna Gavalda.

Dans la catégorie « Un goût d’interdit » :

1)   Madame Bovary, de Gustave Flaubert, lu très très jeune ;

2)   Moi, Christiane F, 13 ans, Droguée, Prostituée, biographie de Christiane Vera Felscherinow, emprunté en douce à la bibliothèque, au milieu d’une pile d’autres bouquins. Lorsque mon père a découvert ce que je lisais – à onze ans à peine !- il a viré rouge colère !!! 

Dans la catégorie « Je n’ai pas envie de me faire mal au cerveau » :

1)   Les trois volets des aventures de Bridget Jones (le premier étant – comme souvent – incontestablement le meilleur), de Helen Fielding ;

2)   Le diable s’habille en Prada, de Lauren Weisberger ;

3)   Et si c’était vrai, de Marc Lévy ;

4)   Mes amis, mes amours, du même auteur.

Dans la catégorie « J’ai aussi lu des classiques » (et pas seulement parce qu’ils étaient au programme !!!) :

1)   La Débâcle, d’Emile Zola (un des rares romans historiques de guerre qui m’ait emballée) ;

2)   Notre Dame de Paris, de Victor Hugo (j’avoue : j’ai sauté beaucoup de pages de description car je n’en pouvais plus et que j’avais surtout envie de savoir comment les choses allaient tourner pour Esmeralda) ;

3)    Lorenzaccio et la Confession d’un enfant du siècle, d’Alfred de Musset ( le romantisme, l’idéalisme bafoué, la beauté de l’écriture, …, des choses qui me touchaient à la fin de l’adolescence) ;

4)  Gatsby le Magnifique, de Francis Scott Key Fitzgerald, tout récemment (pourquoi ? Parce que j’en avais assez de regardé le DVD du film avec Robert Redford rangé sur l’étagère en me disant « ne jamais regarder une adaptation avant d’avoir lu le livre pour ne pas être bridé dans son imagination », alors j’ai acheté le fameux Gatsby et j’ai beaucoup aimé (l’histoire, le style). Par contre, Les Heureux et les damnés et Tendre est la nuit… bof, bof : un peu longuet et répétitif. Cela étant, ce n’était peut-être pas une bonne idée d’enchaîner les trois à la suite, une erreur que je répète souvent lorsque j’ai apprécié un bouquin !!!);

5)  L’Etranger, d’Albert Camus (lorsque je l’ai lu pour la première fois, à l’adolescence, j’ai aimé le sentiment de lire un livre « de grand » tout en percevant bien que beaucoup de choses m’échappaient) ;

6)   La Peste, toujours d’Albert Camus (pour le Bac de Français, je n’étais tenue que de lire et de travailler l’épilogue… qui m’a donné envie de prendre l’histoire du début ! Et même constat que pour l’Etranger : le sentiment de lire quelque chose qui me dépasse, qui me met mal à l’aise, qui me trouble et me fascine en même temps) ; 

Dans la catégorie « Je ne suis pas amatrice de polars mais j’aime quand même bien le suspense » :

1)   Le petit copain, de Donna Tart ;

2)  Le maître des illusions, du même auteur ;

3)   En cours, toujours du même auteur : Le Chardonneret

(NDLA : Le style, la narration, la qualité de l’écriture, les rebondissements… tout y est dans ces trois bouquins ! Et, cerise sur le gâteau : je ne les ai pas lu la même année, donc pas l’effet de lassitude pré-évoqué).

Dans la catégorie « J’aime me faire du mal puis retrouver le sourire » :

1)   La liste de mes envies, de Grégoire Delacourt ;

2)   L’élégance du hérisson, de Muriel Barbery (à vrai dire, ce roman, c’est plutôt la catégorie « j’aime me faire du mal puis retrouver le sourire puis pleurer à nouveau »… Mais c’est tellement bon !)

Dans la catégorie « doux amer » :

1)   Tous les tomes des Chroniques de San Francisco, d’Armistead Maupin ;

2)   Le Club des incorrigibles optimistes, de Jean-Michel Guenassia.

Dans la catégorie « J’aime encore plus ma vie quand je vois ce que le destin réserve à d’autres » :

1)   Au nom de tous les miens, de Martin Gray (lu l’été de mes quatorze ans, à une époque où j’aimais à me convaincre que la vie n’était que mélancolie et drames successifs… à les joies de l’âge ingrat !) ;

2)   Au revoir là-haut, de Pierre Lemaitre (magnifique, bouleversant….Je le conseille sans aucune réserve !) ;

3)   Le Journal d’Anne Franck (une lecture, au programme scolaire, que je n’ai jamais oubliée) ;

Dans la catégorie « Je me sens un peu plus intelligente après » :

1)   Les lettres persanes, de Montesquieu (toujours éminemment d’actualité, n’est-ce-pas ?)

2)   Le monde de Sophie, de Jostein Gaarder (l’été avant mon entrée en Terminale. Du coup, j’ai commencé l’année avec un a priori positif sur les cours de philo et j’ai bien accroché à cette matière que tout le monde disait compliquée … C’était aussi pour faire de la « lèche » : mon frère n’était pas venu à bout du pavé avant sa propre entrée en Terminale, l’été d’avant…ouh, c’est pas joli-joli !!).

Je serais curieuse de savoir quelles lectures vous ont marqués… A vos claviers!

 

 

La liste de mes envies

Est-ce la température printanière ? Le soleil qui chauffe de nouveau ma peau pâle après un hiver pluvieux et maussade ? Les feuilles et les fleurs qui, de nouveau, colorent les parcs, les allées et les jardins ?

Un peu de tout ça sans doute, mais rendons tout de même grâce à qui de droit pour l’idée de cette brève :

          Grégoire DELACOURT pour son magnifique roman « La liste de mes envies » (j’ai soudainement pensé, tout à l’heure, aux toilettes (oui, je sais, c’est romantique… mais les idées viennent quand elles viennent et parfois, donc, de manière incongrue !) à une nouvelle idée de rubrique (que je créerais peut-être un autre jour pour mon blog : mes coups de cœur / mes coups de mou littéraires) et, naturellement, ce livre s’est imposé comme l’un de ceux qui m’a le plus emballé ces dernières années) ;

          Une certaine Elodie, que je connais bien, et qui tient un blog très sympa (elodieratentit.com) que je vous invite, une nouvelle fois, à parcourir pour vous détendre, vous divertir, casser la routine… Ralentir, quel programme ambitieux, mais quelle bonne idée !

Alors, en ce jour d’avril 2015, quelle serait la liste de mes envies ?

          Précisément, comme nous y invite ladite Elodie : arriver à ralentir (ne pas avoir un truc à faire chaque seconde de chaque journée ; ne plus gober les repas au lieu de les savourer parce qu’il y a tant à faire ensuite ; être capable de rester assis sur un canapé plus de 5 minutes d’affilée en oubliant la poussière sur les meubles / le lave-vaisselle à vider / les papiers pour la classe verte à remplir/ etc ; ne plus accepter de nouveaux dossiers sous prétexte que « personne d’autre n’a les capacités de le prendre en charge » (oui, oui, on est tous sensibles à la flatterie quoi qu’on en dise) ; être capable de mettre mon cerveau au repos et ne plus pallier ses faiblesses (compréhensibles, compte tenu du nombre d’informations que je lui demande de stocker !) par une accumulation maladive de post-its sur mon écran d’ordi / mon frigo/ dans mon agenda ; arriver à finir une phrase sans embrayer aussitôt sur une nouvelle idée, etc…)

          Evidemment l’indétrônable « gagner au loto ». On a beau dire que l’argent ne règle pas tous les problèmes, que ce n’est pas le plus important pour être heureux …. Ça doit quand même aider à « ralentir » d’avoir de l’espace (loto = possibilité d’acheter un logement plus grand) et de ne plus être sans arrêt entasser les uns sur les autres (loto = possibilité de dîner avec mon mari sans partager « en direct-live » les avancées de nos rejetons sur la DS ou une super-courses de voitures hotwheels) ; de pouvoir s’offrir un week-end dépaysant lorsqu’on éprouve vraiment le besoin de décompresser (loto = possibilité de ne pas faire les comptes avant d’entreprendre quoique ce soit qui sorte de l’ordinaire) ; de ne plus avoir à caser dans les 48 heures du week-end les courses / les devoirs / l’entraînement de handball/ le ménage / le repassage / les repas de la semaine suivante / les anniversaires des petits copains (loto = possibilité d’avoir une femme de ménage qui fasse vraiment du ménage voire du repassage) ….

          Vraiment arriver, une bonne fois pour toute, à arrêter de fumer. Ne plus fumer n’est pas vraiment une envie à proprement parler… puisque j’aime ça (sinon, ce serait nettement moins compliqué d’arrêter !). Mais ne plus sentir le tabac froid, ne plus être essoufflée à chaque fois que j’accélère un peu, relever et réussir un vrai défi, ça ce sont des vraies envies !!!

          Lire un roman (un vrai avec au moins 250 pages…) en moins de deux mois…. (loto = possibilité de glander ?) ;

          Avoir de nouvelles idées pour continuer à écrire :

          Ecouter plus de musique ;

          Danser plus souvent, même si ce n’est que dans mon salon (sur ce point aussi, voir le blog d’Elodie) ;

          Cuisiner de la vraie nourriture (pas faire cuire des pâtes ou des knakis, ni mettre des légumes dans le Baby-cook) ;

          Rire plus et plus souvent ;

          Dormir beaucoup mais beaucoup plus (loto = possibilité éventuelle de ne plus bosser et de taper des roupillons l’après-midi ????) ;

          Manger moins de Chupa Chups (surtout au bureau, ça ne fait pas sérieux, même si j’ai fait des émules de mon côté du couloir…) ;

          M’allonger dans l’herbe pour une sieste ;

          ……………..

Bon, en gros, comme tout le monde, la liste est sans fin. J’abandonne donc.

Je crois qu’Elodie a décidément raison : ce dont j’ai envie, c’est bien de parvenir à ralentir le rythme/ mes exigences / mon perfectionnisme… Ce n’est pas une mince affaire mais tant que l’envie est là, tous les espoirs sont permis ! En ce jour d’avril 2015 j’ai envie de mettre la barre moins haut !

 

 

Messieurs Crottes De Nez

Il y a le mythe de la splendide femme à laquelle le goujat demande de ne surtout pas parler sous peine de rompre la magie…

Il y a le désormais célèbre chocolat plein de promesses mais qui se révèle écœurant une fois croqué (Forest Gump, Gad El Maleh, etc…)…

Il y a le gros paquet qui renferme un cadeau minuscule et infiniment décevant…

Il y a, en synthèse, la séculaire expression populaire qui veut que l’habit ne fasse pas le moine.

Il y a, enfin, le quotidien qui nous pousse à reconnaître que nos ancêtres étaient bien avisés…

Hier, j’étais arrêtée, en voiture, à un feu rouge. J’ai regardé la voiture qui me suivait depuis un petit moment s’approcher très près de mon pare-chocs (NDA : comportement classique d’un grand nombre de conducteurs qui semblent convaincus que plus ils vous collent au train, plus les choses vont aller vite. Très honnêtement, avec moi, cela produit l’effet exactement inverse : je ralentis. Et je me régale du spectacle d’énervement et de gesticulations dans mon rétroviseur). Grosse voiture bien classe, genre citadine Mercedes, avec sièges en cuir et tout le tralala du luxe qui se veut voyant mais pas trop tapageur (ce qui ferait bien trop parvenu).

Au volant, l’archétype du mec qui a réussi : beau gosse, bien sapé, lunettes à la pointe de la mode, cheveux denses et impeccables, costume ajusté pour ce que je peux en voir. Je lui jette un regard un peu courroucé : il a freiné au dernier moment et m’a flanqué la trouille. Ma pauvre voiture n’aurait pas fait le poids face à son mastodonte. Mais lui, ne remarque pas que je l’observe (NDA : autre comportement fréquent chez de nombreux conducteurs qui donnent l’impression d’être seuls au monde alors qu’ils sont assis dans leur voiture. Un peu comme s’ils étaient abrités du bruit et du regard d’autrui derrière des vitres teintées. Mais que nenni, lui, je le vois bien !).

Et là, Monsieur Grosse Voiture / Monsieur Bon Boulot-Bon Salaire se nettoie consciencieusement la narine gauche avec son index. La surprise passée, je m’inquiète pour sa santé : s’il enfonce encore davantage son doigt dans son nez, il va finir par toucher son cerveau et risquer de causer des dommages irrémédiables ! Aussitôt, j’ai une petite pensée émue et dégoutée pour tous ceux qui lui ont serré la main ce jour…

Mais je ne suis pas au bout de mes surprises : après plusieurs secondes de curage en bonne et due forme, je le vois rouler sa pêche miraculeuse entre son pouce et son index avant de fourrer le tout dans sa bouche !!!!!!!!!!!!!!!!

Oh secours, mais quel gros porc ! Je n’avais plus vu quelqu’un manger ses crottes de nez depuis la classe de Grande Section et la redoutable binoclarde Séverine, surnommée Madame Crottes de Nez !!!

A peine le temps de laisser échapper un « Ah !!! » de dégoût que je le surprends à reprendre la manœuvre du début : exploration, grattage, décrochage, extraction, mise en forme, dégustation !!! Nouveau cri de dégoût dans l’habitacle…

En cet instant précis, j’ai le cœur plein de compassion pour celle ou celui qui partage peut-être sa vie et qui pose, sans doute, régulièrement ses lèvres sur les siennes…

Le feu passe au vert. Je redémarre en essayant d’oublier ce spectacle. Et je pousse un ouf de soulagement lorsqu’il change de direction, quelques minutes plus tard : au moins, il ne risque plus d’emboutir l’arrière de ma voiture et je n’aurai pas à l’approcher pour dresser un constat !

Cet « incident » d’hier m’a rappelé une autre mésaventure récente. La fameuse loi des séries, je suppose.

Mon entreprise a organisé – vaste programme – une formation de tous ses salariés en matière de déontologie.

Le Larousse en donne la définition suivante : « Ensemble des règles et des devoirs qui régissent une profession, la conduite de ceux qui l’exercent, les rapports entre ceux-ci et leurs clients et le public ».

De toute évidence, l’hygiène corporelle et la « bonne tenue » en public n’entraient pas dans le champ de la formation, ou alors le formateur avait besoin d’une bonne paire lunette !

J’avais, assis devant moi, un autre gros cochon. Le problème étant que je ne pouvais pas regarder le formateur sans l’avoir dans mon champ de vision. Au début, rien d’alarmant, il était assez calme sur son siège, donc j’arrivais à faire abstraction de ses cheveux luisant de gras et de ses chaussettes nativement blanches qui tiraient vers le gris. Mais, ça, c’était avant…

Avant qu’il ne débute, lui aussi, un nettoyage méticuleux de ses narines. Bon, au moins, lui, il ne les mangeait pas : il les collait sous la table ! Mais comment, tel mon conducteur écœurant d’hier, pouvait-il s’imaginer être dans une salle avec 40 autres personnes et se curer le pif sans que personne ne le remarque ? Ou alors, il s’en moquait genre « je fais ce que je veux de mon nez et de mes crottes » ?

Et, cerise sur le gâteau, après m’avoir bien retourné le cœur avec son nettoyage de printemps, il a ensuite débuté une autre opération des plus répugnantes : percer des boutons qu’il avait sur les coudes !!!!

A l’aide, mais pourquoi ça tombe toujours sur moi ? Pourquoi suis-je la seule à sembler remarquer toutes ces horreurs ?

La morale de cette histoire : nécessité vitale de faire comme les trois singes de la sagesse. Surtout celui du milieu.

 

La marche du pingouin

Capture.pingouin

Aujourd’hui, je me fais l’effet d’un pingouin. Ou d’un manchot peut-être. Je ne sais pas bien.
Quoi qu’il en soit, je marche bizarrement, en dandinant un peu d’un pied sur l’autre, pour limiter autant que possible les mouvements et les temps d’appui au sol.
Tout ça parce qu’il y a deux jours, je me suis dit – après un rapide examen dans la glace (je ne suis pas du style à le contempler pendant des heures…) – que mon popotin était décidément trop ramollo dorénavant et qu’il fallait donc agir.
En cours d’année, inenvisageable de s’inscrire à quelque cour de gym que ce soit. Non seulement toutes les places sont prises mais si, en plus, il faut se payer la honte d’être le seul mollusque d’un groupe qui a déjà commencé à se raffermir, je préfère faire ça incognito, allongée dans le couloir devant la porte de la salle de bain, pendant que je surveille d’un œil mon enfant dans la baignoire (oui, je sais, ma vie fait rêver !). Et puis, ça nous donne l’occasion d’échanger :
« – Tu fais quoi, maman ?
– De la gym mon chéri (mais tu ne vois pas que j’en chie et que je peux pas parler ?!!!!)
– Mais c’est pas comme ça la gym… Je vais te montrer !
– Si, si, c’est une gym spéciale (j’aime mon fils, j’aime mon fils, j’aime mon fils…). Reste assis dans la baignoire !
– Spéciale pourquoi ?
– C’est une gym de Maman (il va la boucler ?)
– Et ça s’appelle comment ? »
Pause, la jambe en l’air. Attention à la réponse : nous connaissons tous le don exceptionnel qu’ont les enfants pour répéter les choses aux moments les plus inopportuns. Donc, si je lui réponds des « fessiers », je prends le risque qu’il le ressorte à l’école, devant le pharmacien, qu’il demande à la mère de son copain (au risque, en plus, de la vexer) si elle en fait aussi… Bref, réponse prudente :
« Le nom est trop compliqué, j’ai oublié. Joue avec ta tortue, ne t’occupe pas de moi ».
Enfin, pour en revenir à nos moutons – ou plutôt nos pingouins / manchots – munie de ma célèbre tablette qui allait enfin me permettre de faire autre chose que de m’énerver sur candycrush, j’ai téléchargé plein de super vidéos sur youtube pour donner « galbe et volume » à mon séant avec « des résultats visibles dès les trois premières semaines ».
C’est traître : je ne me suis pas rendue compte que j’en faisais probablement un peu trop pour une reprise, après 15 ans d’inactivité physique. Trente minutes de fessier, je ne pensais pas en c… (c’est le cas de le dire) autant le sur-lendemain !
Et, évidemment, au final, la honte je me la tape quand même car tout le monde remarque ma démarche « originale » et m’interroge. Et je me sens obligée de répondre parce que je n’ai qu’une crainte… qu’on pense que j’ai des hémorroïdes !