La vie de Kate Middleton

Allez, avouez qu’à vous aussi, il vous arrive de feuilleter des magazines « légers » – que nous pourrions convenir de qualifier de magazines de plage / train / salle d’attente – et de regarder avec envie les photographies déroulant la vie officielle des célébrités !

Ah, les courbes de Rihanna ! Ah, la vie de voyages d’Angélina Jolie ! Ah, le yoga sur la plage de Gisèle Bundchen ! Ah, les sauts de haies gracieux de Charlotte Casiraghi ! Ah, le teint irréprochable de Lana Del Rey ! … Il y en a tant à envier, à jalouser, à critiquer !

Elles sont toutes belles, minces mais voluptueuses, riches, célèbres, jeunes, hors de prise des tracas du quotidien, entre coiffeur, séances d’essayage, massages, cours particuliers de sports avant-gardistes, nounous de luxe, chauffeurs, avions privés.

Et, dans la série « je rends jalouse les filles de la terre entière », il y en a une qui tient le haut du pavé depuis quelques années : la fameuse, la souriante, l’ultra-classe et bien sapée, la super-bien coiffée, l’über bien mariée, la fraîche… Kate Middleton.

En attendant de bronzer pour faire moins pitié, en espérant que le train redémarre prochainement après la réparation de l’ixième caténaire défaillante, ou en priant pour que ce soit mon tour lorsque le dentiste ouvrira la porte de la salle d’attente surchauffée le prochain coup, il m’arrive parfois de me dire que je voudrais bien sa vie. La vie de Kate Middleton.

Son mari riche, bien éduqué et influent. Ses résidences royales. Ses enfants de pages de mode enfantine. Ses tailleurs ajustés. Ses cheveux épais. Ses dents blanches et parfaitement alignées. Son corps élancé même après deux grossesses. Ses grands yeux. Ses mains manucurées. Ses nurses triées sur le volet pour récupérer la nuit. Ses voyages officiels aux quatre coins du monde. Ses repas tout prêts, comme par magie. Son linge toujours propre. Sa totale ignorance de lieux comme Carrefour ou Ikea. Son incompétence à mettre en marche un aspirateur ou un lave-vaisselle.

Mais, le plus souvent, je me demande quand même : est-ce qu’elle ne se fait pas chier ?

Que fait-elle de tout ce temps libre qui, à moi, me sert à travailler, faire les courses, le ménage, m’occuper des enfants, remplir ma déclaration d’impôt, faire des abdominaux à la va-vite, mitonner de bons (d’accord, « bons », c’est sans doute usurpé) repas équilibrés ? Ne se fait-elle pas chier en devant se coltiner des repas sans fin avec des vieux grincheux et/ou séniles ? N’aurait-elle pas envie, de temps à autre, de pouvoir traîner en jogging difforme, les cheveux gras, avec une haleine de chacal ? Ou de se prendre une bonne petite cuite avec des copines ? De manger Mac Do ?

… Il y a tant de choses à faire, pour se faire plaisir, lorsqu’on n’a aucune obligation d’être parfaite !

Elle semble tout avoir mais, au final, n’est-elle pas bien plus pauvre que moi, que nous, dans sa vie sous contrôle, régie par les us et coutumes, le protocole. Ne lui manque t’il pas cette liberté d’être qui elle veut et, surtout, de pouvoir ne pas être la même d’un jour à l’autre ?

Bon, à la réflexion, je la lui laisse, sa vie, à Kate Middleton.