Lorsque mon cerveau dérape…

cerveauCe matin, en marchant d’un pas alerte vers le travail (si, si, c’est vrai, je ne suis pas du style à trainer des pieds pour aller au boulot, moi !), j’ai eu une pensée bizarre, comme ça, d’un coup, sans raison apparente ni signe avant-coureur : « Tiens, ça fait longtemps que je ne me suis pas pris une grosse gamelle… ».

Effet immédiat : j’ai ralenti la cadence et regardé attentivement où je posais les pieds.

Second effet : phase d’interrogation. Mais pourquoi cette pensée ? Pourquoi mon cerveau dérape t’il ainsi ?

Des idées ou des questionnements bizarres, si je suis vraiment honnête, il m’arrive régulièrement d’en avoir. Des exemples ? Oh, j’en ai à la pelle. Vous en voulez, en voilà :

pain –  Que faisait le boulanger juste avant que je n’arrive et qu’il n’empoigne une baguette pour donner suite à ma commande ? (et je pense : le ménage ? la grosse commission ? le nettoyage de ses narines ?…) ?

  Ai-je vraiment bien fermé la porte ce matin en partant ? (une pensée saine, à 7.30 le matin, lorsque le retour prévisible à la maison se situe à 18.00. De quoi passer une journée sereine) ;

  Est-il vraiment vrai de vrai que les gynécologues – « à force » (ndla : j’adore l’expression dans ce contexte…) – ne voient plus des corps mais des « objets de travail » et que je peux donc remiser mes complexes au placard ?

 Même question pour l’esthéticienne lorsque le dernier rendez-vous remonte à cinq semaines auparavant;

  A la même période : t’imagine la tête des pompiers en découpant mon pantalon si je me casse une jambe aujourd’hui ?

hépar–  Ceux qui ont repéré que je buvais de l’eau d’Hépar au bureau se disent-ils que je manque de magnésium ou qu’il ne faudra pas passer aux toilettes après moi ?

  Puis-je vraiment me déshabiller pour dormir ? J’aurais l’air de quoi si je dois partir précipitamment (incendie, tremblement de terre, …) ?

 C’est stupide, c’est sûr, de se laver les cheveux avant d’aller chez le coiffeur, mais quand même y aller avec la tignasse grasse ça ne se fait pas ;

pantalon blanc– Sous mon pantalon blanc immaculé, culotte blanche (on la verra. Ça fera mémère ?) ou dessous plus léger (ça fait pas « chaudasse » ?) ;

 Est-ce qu’on voit bien que c’est une piqure de moustique et pas un gros bouton d’acné disgracieux ?

 Et si la voiture tombait en panne, là, maintenant, dans ce trou perdu où le téléphone portable ne passe pas ?

Allez, rassurez moi : confirmez moi que vous aussi vous en avez des pensées « bizarres »…

Pot de colle

Pot de colle 2Comme souvent, j’ai beaucoup pensé la nuit dernière (oui, au lieu de dormir, ce que je suis censée faire lorsque je suis allongée sur le lit, dans le noir, au côté de mon époux aux environs de deux heures du matin et alors même que lui, si j’en crois le volume sonore atteint par ses ronflements, se laisse paisiblement aller dans les bras de Morphée).

J’ai repensé à tous les pots de colle que j’ai croisés dans ma vie, et il y en a eu !

Des « simplement pas intéressants » qui voulaient absolument me tenir le crachoir dès qu’ils me croisaient, aux « cancres » qui me coursaient dans les couloirs du lycée « pour qu’on se mette ensemble » dès qu’un enseignant demandait un travail collectif, en passant par « les premiers de la classe boutonneux qui se demandaient si on ne pourrait pas boire un café ensemble » et les nombreux « cas sociaux » que je semblais aimanter (au grand désespoir de mes parents. Mon côté Mère Theresa sans doute).

Depuis quelques années, je me suis bien « assagie » et j’ai gagné en « maturité ». Ainsi, la plupart du temps, j’arrive  à les voir venir, à les tenir à une distance raisonnable voire, quand il le faut, à me montrer franchement désagréable pour les dissuader d’insister.

Et pourtant, si j’y repense brusquement en pleine nuit (et dire que je n’en ai même pas profité pour admirer l’éclipse totale de lune dont on nous a tant rabattu les oreilles !) vous vous en doutez, c’est que je ne suis pas totalement « guérie »… Je me suis récemment laissée engluer, à mon corps défendant, par un nouveau « spécimen ».

Mais comment diable tout cela a-t-il commencé ? Comment me suis-je laissée entraîner sur cette pente « adhérente » sans même m’en rendre compte ?

Contexte : une mère de famille, que j’apperçois à la sortie de l’école, qui élève seule un enfant un peu bougon, pas très bon élève ni forcément apprécié des autres enfants.

Description du spécimen : grande propension à parler fort en utilisant un langage « fleuri » d’une voix criarde (doux euphémismes, évidemment. Dans ma région d’origine, on a une expression pour ça : « parler comme une poissonnière »), à colporter les ragots (quitte à en inventer au passage) et à prendre systématiquement les autres à partie.

Stratégie déployée : visage froid + évitement systématique (dès que possible).

Mais alors, diable, que s’est-il passé ?

Ça a commencé de façon subtile (moralité : on n’anticipe jamais assez la subtilité de ceux qu’on pense en être dépourvus…) par la récupération de mon numéro de téléphone portable à la suite d’une maladie ou je ne sais plus quoi de son rejeton, pour pouvoir vérifier et lui communiquer les devoirs.

J’avais déjà le doigt dans l’engrenage…

En effet, lorsqu’une personne de cette trempe détient votre numéro (donnée hautement personnelle lorsqu’on y pense, qui lui permet d’entrer dans votre intimité à tout moment…), elle se considère déjà comme liée à vous.

S’en sont suivis quelques textos annodins les week-ends, auxquels je n’ai pas toujours répondu.

Puis brutalement, un soir, emballement de la mécanique. J’ai garé ma voiture devant l’école et emprunté le trottoir pour me diriger vers la grille. J’ai longé une voiture que je ne savais pas encore être la sienne. Et, à ce moment-là, le « cloc-cloc » des portières qu’on déverrouille, la portière conducteur qui s’ouvre vivement, une tête souriante « Salut, tu m’attends ? On y va ensemble ? ».

Ok, pas de bol pour cette fois, mais là je ne peux qu’accepter. Demain sera un autre jour.

Ou pas.

Tous les soirs, c’est désormais pareil. Elle m’attend dans sa voiture. J’en suis sûre, j’ai fait le test : que j’arrive avec vingt minutes d’avance ou trois minutes avant que ne retentisse la cloche de l’école, elle m’attend !!!! Et, dès qu’elle m’aperçoit (même lorsque j’essaie de me garer à l’opposé et de me faufiler discrètement jusqu’à la grille de l’école …) : le fameux « cloc-cloc », un saut de cabris pour me claquer la bise, et le début d’un récit bruyant et animé de ses dernières aventures (passionnantes vous vous en doutez…).

Je ne sais plus comment m’en défaire… J’ai tenté de passer des coups de fil à ce moment-là (quelqu’un de « normal » se serait dit : « elle est occupée, je la laisse tranquille »), mais elle se poste à un mètre de moi pour attendre (en toute indiscrétion !) la fin de la conversation et me sauter dessus. J’ai aussi essayé d’attendre une « vraie copine » pour m’approcher de l’école et avoir l’air occupé. Mais cela ne la décourage pas non plus : elle se tape l’incruste et monopolise rapidement la conversation avec pour « double effet kisscool » de faire fuir ladite copine dans un regard compatissant (genre : « désolée, mais là je ne peux pas… »).

Et, comme il est toujours possible de creuser plus profond lorsqu’on pense pourtant avoir touché le fond, elle m’a indiqué, la semaine dernière, après m’avoir dit que son fils souhaitait inviter le mien à son anniversaire « parce qu’il l’adore », qu’elle le poussait à jouer avec lui « parce qu’il est sage et bon élève ». Mais, comment te dire, espèce de truie, que moi je ne veux pas ???

Pour être tout à fait honnête, ce qui m’a tenue éveillée cette nuit ce n’est pas tant la problématique « comment me défaire de ce boulet ? » (qui est néanmoins d’une authentique acuité) que la question suivante : suis-je moi aussi le pot de colle de quelqu’un ? Mon Dieu, mais si ça se trouve, je suis aussi le boulet, l’espèce envahissante, le chiendent d’un être en détresse !!!

pot de colle 1« Balayer devant sa porte… » voilà ce qu’on m’a appris….

Mais n’est-ce pas avec ce genre de préceptes que l’on se retrouve contraints d’accepter et de subir des choses / des individus au détriment de nos aspirations et de notre EQUILIBRE NERVEUX ?

Voilà, la question est posée. Et, la nuit prochaine, je vais m’atteler à dormir.

Moment de solitude

bleuetjaune

Bis repetita, parce que ce n’est pas le premier (voir mon billet du 26 mars 2014 dans la rubrique « mes perles ») et sans doute pas le dernier non plus…

Ce billet est une bouteille jetée à la mer, le SOS d’une blonde désespérée qui se demande : « Y en a t’il dautres, en ce bas monde, qui galèrent pour monter les étagères du Suédois mondialement connu? »

Cette fois, j’avais pourtant pris toutes les dispositions nécessaires (je commence à avoir une certaine « expérience » en la matière. NDLA : « expérience » uniquement au sens « action répétée » et non pas « savoir« , ni « maîtrise » ou « connaissance« ) :

– vérification du poids du colis sur Internet (= je peux tout porter et manipuler TOUTE seule);

– préparation d’une vaste zone dégagée dans le salon pour pouvoir tourner autour du « casse tête » sans entrave;

– confinement des enfants dans leurs chambres avec la promesse d’inviter des copains le week-end prochain s’ils laissaient maman « se concentrer« ;

– remontée du garage de la boîte à outils poussièreuse (oui, j’avoue qu’elle est peu utilisée!) car l’espèce de petite clé « à tout faire » qu’ils nous fourguent systématiquement avouez quand même qu’elle n’est pas très pratique (notamment quand il s’agit de visser contre une planche que votre main vient systématiquement heurter, si bien que vous ne pouvez faire, à chaque coup, que des demi-tours);

– exercices de respiration, étirements et auto-conditionnement positif : « Tu ne t’énerveras point, grande bricoleuse du dimanche tu es« .

Et pourtant, rien n’y a fait, mon étagère gustavienne – comme toutes ses prédécesseures – a réussi à pourrir mon dimanche après-midi.

A peine les cartons déballés, c’était parti :

– j’ai jeté (puis retrouvé) le mode d’emploi avec l’emballage (à ma décharge, dans la série « on fait des économies sur l’épaisseur du papier et le niveau de détail de nos brochures« , ils sont très bons dans cette enseigne!);

– j’ai mis cinq bonnes minutes à différencier chaque groupe de vis et fixations que devait contenir les cartons (j’ai un problème de vision, ou ça ne saute pas aux yeux?) ou quand j’ai l’impression d’être une poule qui a trouvé une cuillère…

quand j'ai l'impression d'être une poule qui a trouvé une cuillère

– dix autres à chaque fois que le pictogramme « ce qu’il ne faut pas faire » était accolé au pictogramme « ce qu’il faut faire », pour trouver la différence (les petits trous, en haut ou en vas? La rainure, à droite ou à gauche? La vis, plate ou bombée? etc);

Jeu de la différence

– j’ai évidemment galéré à visser et cliper tous les morceaux les uns avec les autres pour, au final, constater que certaines étagères étaient positionnées à l’envers (= on ne voyait que la tranche non peinte; vous savez, celle en aggloméré qui doit être contre le mur et qui vous rappelle que, non, à ce prix là, ça ne peut pas être du bois massif);

moi quand j'ai cassé une visse

– j’ai pesté contre cet index pointé qui semble me narguer en attirant mon attention sur un point capital, comme si j’étais débile. Ce pictrogramme, c’est toujours la même histoire : il fait son apparition pile au moment où mes nerfs commencent à lâcher et ma confiance en ma capacité à venir à bout de ce p… de meuble à s’effriter. Donc, non seulement je me sens c…., mais j’ai le sentiment diffus que les rédacteurs du mode d’emploi l’avaient anticipé!

quand j'ai l'impression qu'ils ont pressenti que j'étais une courge

– j’ai fini par appeler mon mari à la rescousse;

– deux minutes plus tard, on s’engueulait déjà;

moipendant

– j’ai quitté la scène de crime, furieuse ;

– mon mari est venu m’annoncer dix minutes plus tard à peine que c’était fini;

– vexée, j’ai décidé de ne plus jamais m’occuper de tout ça!

 

 

Le déclic POKEMON?

Capture.PIKA

Depuis le temps que je m’échine à essayer de : moins courir, moins stresser, profiter plus, prendre davantage le temps de vivre (en essayant de suivre les conseils de la papesse Elodie en la matière http://www.elodieralentit.com/, ou d’oublier la poussière et la pile de linge en souffrance, en m’entraînant avec force difficulté à la procrastination…), j’ai peut-être bien eu le fameux déclic indispensable à tout projet de vie d’envergure le week-end dernier !
Oui, oui, mon état est tellement désespérant en la matière qu’il m’en fallait un pour, peut-être (mieux vaut rester prudent en la matière), y arriver. Comme il en faut un pour, enfin, venir à bout des vraies addictions qui vous pourrissent la vie (et, accessoirement, celle de vos proches !) : tabac, alcool, chewing-gum, produits de beauté, galettes bio de tofus, ….
Vendredi soir, en rentrant du « boulot/école », mes enfants se sont rués dans leurs chambres avec la tablette (une journée de sevrage, c’est hard pour eux aussi les pauvres choux !) en laissant en plan, au milieu du salon, baskets, cartables et sweats…
Ce que je n’ai même pas relevé : j’avais passé le seuil de la maison, et j’étais donc de nouveau en mode action intensive, pas une minute à perdre (mais mon Dieu, c’était vendredi, et j’étais quand même en pilotage automatique avec, en tête la liste chronologique des tâches à abattre avant d’avoir le « droit » de trouver le repos en m’affalant sur le canapé la nuit venue !).
J’ai ramassé les habits et fourré le tout dans le lave-linge pour lancer la première lessive d’une longue série (le problème quand on est maniaque, c’est qu’il y a toujours quelque chose à laver ou à ranger).
Jusque-là tout allait bien et j’ai continué de dérouler consciencieusement (à ce degré de maladie, je pense que je pourrais même presque dire « professionnellement ») mon menu : jeter un œil sur les cahiers de texte et de correspondance, préparer et ranger dans les cartables les goûters pour le lundi (oui, oui, nous étions toujours seulement vendredi en fin de journée), laver, couper et mettre sur le feu des légumes, faire couler les bains et superviser le décrassage par de multiples aller-retours salle de bain/cuisine, vider le lave-vaisselle, mettre la table pour le dîner…
Tout allait toujours bien. Jusqu’au bip bip qui signale la fin du programme de lavage.
Tel un robot, j’ai empoigné la corbeille à linge, ouvert le tambour du sèche-linge pour y transvaser directement tout ce qui pouvait l’être et entrepris, donc, de vider le lave-linge… Et là, horreur, en retombant sur le sweat de mon aîné, une petite pochette a glissé dans mes mains, dans une pluie de paillettes ! C’était son porte-cartes POKEMON avec, à l’intérieur, 4 ou 5 des plus belles cartes qu’il avait réussi à amasser au gré des ouvertures aléatoires de « boosters » (c’est le terme « officiel », s’il-vous-plaît, des paquets d’images POKEMON) ou des échanges âprement négociés avec ses camarades d’école. Mon sang n’a fait qu’un tour, mes tripes se sont tordues et, sérieusement, j’ai cru que j’allais pleurer ! Comment lui annoncer le massacre ? Comment allait-il réagir ?

Capture.BOOSTER
J’ai tourné la question dans ma tête tout le week-end (feindre l’ignorance ? « Elles ne seraient pas tombées de ta poche pendant la récré ? » …) mais, le dimanche soir venu, alors qu’il préparait un tas de cartes à échanger pour le lendemain, je me suis dit que je ne pouvais décidément pas lui mentir et qu’il fallait que j’assume ma grosse boulette.
Je suis allée le rejoindre dans sa chambre.
« – Dis-moi, chéri, ta pochette POKEMON que tu apportes à l’école, et bien… »
Son regard s’est assombri et il m’a interrompue :
« – Je l’avais laissée dans ma poche… » (ouf, heureusement que je n’ai pas tenté le coup de « Tu as du les perdre à l’école »).
« – Oui, c’est ça, et je suis désolée, mais elles sont passées à la machine… ».
Des larmes plein ses yeux. Il faut parler vite, sinon je n’irais pas au bout :
« –Elles sont fichues, mais je devrais pouvoir arriver à récupérer la pochette… ».
De vraies grosses larmes sur ses joues. Des pleurs silencieux. Une authentique tristesse et mes tripes qui se nouent de nouveau.
« – Je suis vraiment désolée mon amour »
« – Non, c’est ma faute, j’aurais dû les ranger…. ».
Comment te dire, mon poussin, que tu n’en aurais pas eu le temps parce que super maman – méga organisée – je gère tout sans temps mort avait déjà tout embarqué avant même que tu aies eu le temps de dire ouf, un vendredi soir, alors qu’il n’y avait ni travail, ni école, ni aucune contrainte particulière dans les deux jours qui suivaient ?
Comment te dire que je viens de comprendre – de ressentir même en voyant ta tristesse – qu’il était vraiment temps de lever le pied parce qu’à trop faire les choses en courant, mécaniquement :
– on ne réfléchit plus à rien et on en oublie même la phrase exaspérante entendue pendant des années de la bouche de sa propre mère « Vide tes poches avant de mettre tes affaires au lavage ! »
– on ne prend même pas la peine de la rabâcher à ses propres enfants !
Donc, à partir de ce soir, je leur dirais de ranger leurs chaussures dans le placard de l’entrée, leurs cartables dans leurs chambres, de vider leurs poches et, de mon côté, je promets d’attendre au moins 10 minutes avant de lancer la première machine … après avoir revérifié toutes les poches !

Cool la génération « cul entre deux chaises »?

Capture

Ce matin, mon plus jeune fils a réussi l’exploit de s’habiller (intégralement et avec tout dans le bon sens !) tout seul. Il est arrivé triomphalement dans le salon et j’ai salué, machinalement, cette réussite d’un enthousiaste : « c’est cool ! ». Ce à quoi, il a répondu : « ça veut dire quoi ? ». Blanc.

Bonne question, mon jeune ami, mes congénères et moi employons ce mot depuis tant d’années et en de si nombreuses occasions qu’une clarification lexicale s’impose.

Après une rapide recherche sur Internet, il en ressort trois principaux sens :

1)  Qui est détendu, décontracté. Genre « reste cool ! », voire quand on veut se la péter davantage encore « keep cool ! » ;

2)  Qui est bien, positif, agréable. Genre « c’est trop cool de rien glander pendant que les autres bossent! » (Dieu que c’est vrai !… Mais je m’égare) ;

3)  Qui a la classe, en jette, est admiré. Genre « Trop cool ce mec ! ».

Comme je le disais, je l’emploie – dans toutes ses acceptions – à tour de bras, sans doute précisément (bien que ce soit hautement inconscient, je le promets !) pour faire « cool » et, bien plus sûrement encore parce que chaque groupe humains à « ses » mots types, faciles à caser, qui viennent ponctuer son expression (il y a aussi les adeptes du « voilà », « quoi », « en fait » ou encore « J’lui ai dit/ Y m’a dit »…) et que moi j’ai grandi avec « cool ».

Peut-être est-ce d’ailleurs même le tout premier mot que j’ai prononcé devant des parents médusés ? Qui s’en souvient ?

Donc, j’en use et j’en abuse, avec mes enfants, mes amis, mes collaborateurs (pour détendre un peu l’atmosphère et/ou sortir du rôle oppressant du chef qui se contrôle toujours et demeure dans une saine réserve), etc. Ca fait bien, ça fait « cool », « quoi« .

Mais l’interrogation matinale de mon fils me conduit logiquement à la suivante : l’usage répété du mot « cool » serait-il un marqueur générationnel ? Je veux dire : certes tous les gens de ma génération l’emploient, mais est-ce que les jeunes d’aujourd’hui disent encore « cool » ?

Ce n’est pas juste histoire de vouloir rester jeune dans ma tête (ce que je suis, en toute modestie), c’est une question bien plus profonde que cela : celle de la compréhension. Si j’emploie avec mes gosses et leurs copains, voir avec mon apprenti pré pubère, des termes qui leur sont étrangers, comment espérer qu’ils me comprennent et ne pas creuser dramatiquement le fossé des générations ? Vous mesurez bien qu’il en va du dialogue inter-générationnel.

Je ne voudrais pas être, sans le savoir, dans la position de ma mère qui, il y quelques toutes petites décennies à peine me parlait de « surprises party » (quelle horreur ! ça me hérissait les poils des bras !) quand il était question de « soirées » et me collait la honte en me courant après dans la rue, devant le collège, en criant : « tu as oublié ton chandail !! » ou encore de mon père qui évoquait« un clope » alors que tout le monde disait évidemment « une clope » (mais c’était une autre époque, celle où presque tout le monde fumait (même les pions) devant le lycée, sans même se cacher).

Alors, après un rapide tour de piste des adultes qui m’entourent et qui côtoient régulièrement des enfants/adolescents/jeunes adultes, le bilan est le suivant : les moins de trente ans n’emploient jamais ce mot, quand ils n’ignorent pas jusqu’à son existence. Pour eux, « cool », ça veut dire froid en anglais. CQFD.

Voilà, vous êtes comme moi, ravis de savoir ça. Au moins, grâce à la lecture de ce billet, vous ne mourrez pas idiots. Non, non, ne me remerciez pas !

Et après ? Après ? Je ne sais pas trop. Maintenant que j’ai la certitude de ne plus être à la page, je me demande : alors ma génération « cool », l’est-elle précisément « cool » ? Quitte à employer un mot désuet, autant qu’il soit approprié…La « génération cool » existe-t-elle ?

Et bien…

Si je retiens l’acception « qui est décontracté, détendu » et que je regarde autour de moi, je vois surtout des gens hyper speed et en quasi perpétuel décalage (Illustration 1 : nécessité d’être au taquet en matière informatique alors que nous ne sommes pas nés des tablettes entre les mains comme nos petits frères des générations suivantes. Nous, on a grandi avec des téléphones à cadrans posés sur des meubles et branchés à des prises. Illustration 2 : nécessité d’y croire et de faire aussi bien que nos prédécesseurs, les fameux et jalousés « baby-boomers », alors que nous n’avons aucune certitude de garder notre emploi / pouvoir compter sur l’ascenseur social / accéder à la propriété / partir un jour en retraite, etc…). Dans ce sens-là, plutôt que « génération cool » ou « génération X » (je trouve que ça fait un peu porno, non ? En tout cas c’est bien ma génération si j’en crois Wikipédia : individus nés entre 1965 et 1980. NDL : oui, merci, je suis très très proche du haut de la fourchette et non du bas !) je pencherais donc plutôt pour l’intitulé suivant : « génération cul entre deux chaises » !!!

Cela étant, comme rien n’est jamais complétement perdu, lorsque je regarde autour de moi à l’aune de la deuxième (« Qui est bien, positif, agréable ») comme de la troisième (« Qui a de la classe, en jette, est admiré »), force est de constater que c’est le carton plein J !!!!

Bon week-end.

J’ai fait un rêve

Ce matin, j’ai fait un rêve éveillée au volant de ma voiture.

Pas bien ! Je sais qu’il est  dangereux de somnoler en conduisant. Mais je ne rêvassais pas vraiment, je fantasmais davantage au sujet d’équipements ultra-modernes pour ma robuste, un tantinet archaïque et on ne peut plus basique Dacia Logan.

Ainsi, alors que j’observais ,depuis quelques minutes déjà, et comme très souvent (j’ai déjà écrit à ce sujet) un gros bourrin en utilitaire qui roulait à moins d’une dizaine de centimètres de mon pare-chocs arrière – de toute évidence convaincu que sa puissance virile et ses capacités hors normes le dispensaient de respecter les sacro-saintes distances de sécurité – je me suis surprise à imaginer disposer d’une sorte de panneau d’affichage lumineux, lisible de l’extérieur, sur lequel je pourrais afficher, à l’intention des conducteurs qui me précèdent et /ou me suivent, toute sorte de messages chaleureux.

Ainsi, au lieu de ruminer seule et de m’exciter en vain dans mon habitacle, je pourrais écrire, audit gland qui me suit de trop près : « Tu penses vraiment que cela va aller plus vite si tu me colles ? » ou encore « Essaie de sauter sur mon toit, ça ira encore plus vite ! » voir « Prends tes distances gros con ! ».

De même, au lieu de klaxonner (parce que j’essaie d’être une bonne conductrice et que le klaxon doit être réservé aux situations dangereuses) le petit vieux qui me précède et qui reste planté au feu vert, démarre et avance uniquement lorsque l’orange paraît et me laisse en carafe avec un nouveau feu rouge, je pourrais afficher : « Cher Monsieur, il me semble que le feu est vert et que vous pouvez donc démarrer ». Encore faudrait-il, cependant, qu’il ne passe pas plus de temps à lire mon message qu’à passer la première et trouver l’accélérateur…

Je pourrais également communiquer avec les pauvres jeunes « bab » qui ont l’air si sympas et qui brandissent désespérément des pancartes « Marseille » sous le pont de La Mulatière, à l’entrée de l’autoroute, et m’affranchir de mon sentiment de culpabilité en affichant « Je ne m’arrête pas, bien que l’envie de tailler une bavette avec vous soit là, parce que je ne vais pas si loin ! » sans tenter d’expliquer la chose à grands coups de gestes et de mimiques désolées mais ridicules pendant les quelques secondes où nos regards se croisent.

Evidemment, comme je suis la modernité incarnée et que je suis toujours très concentrée lorsque je conduis, pas question d’un clavier pour tout cela. Mon super équipement serait directement connecté à mon cerveau, et me permettrait de communiquer avec les autres usagers de la route sans lâcher le volant des mains.

Bon, en même temps, comme je suis quelqu’un de très égoïste, ce dispositif je ne le voudrais que pour ma propre voiture. Il faudrait que je dépose un brevet.

Sinon, ce serait beaucoup moins drôle et je n’ai pas du tout envie de savoir ce que tête de nœud dans son utilitaire pense de moi.