Nos jeux débiles

toupiesLe weekend dernier, mes fils avaient invité des copains à la maison. Jusque-là, rien d’exceptionnel.
Ils ont joué à pas mal de choses que je juge sympathiques et « intellectuellement stimulantes » (de mon point de vue de mère totalement ouverte d’esprit), comme les petites briques de plastique coloré qui s’emboîtent (NDL : j’ai décidé, pour ce billet, d’essayer de ne pas citer de marque. Une fois n’est pas coutume), les petits rectangles en bois qui peuvent être empilés / entassés, etc… et font un bruit incroyable lorsque le tout s’écroule, et même un jeu de société (là, je suis désolée, mais je ne peux pas ne pas le citer, sinon il va me falloir trente lignes pour tourner autour du pot : le Monopoly).
Et ils ont joué avec des … toupies (NDL : là non plus, je ne citerai pas la marque, mais si vous avez des enfants entre 4 et 15 ans, vous devez avoir une petite idée…).
Ils étaient « choupinous », tous les quatre, à genoux devant l’arène (oui, parce qu’il y a une « arène » dans laquelle se tiennent les « combats » de toupies…Incroyable, non ?), les yeux fixés sur les toupies qui tournaient, attendant religieusement de voir laquelle tournerait le plus longtemps et emporterait la partie.
En les observant, émue par tant de calme et de concentration, je me suis posée deux questions :
1) Enfant, avais-je des jeux aussi débiles (désolée, mais je ne vois pas d’autres mots…) ?
2) Ai-je, à l’heure actuelle, des occupations tout aussi débiles ?
Alors, j’ai essayé d’être honnête…
Dans les jeux débiles, je dois reconnaître avoir pratiqué :
– ARKANOID (si vous êtes obligés d’aller faire une rechercher sur Google pour savoir de quoi il s’agit c’est, hypothèse 1, que vous êtes beaucoup plus vieux que moi ; hypothèse 2, que vous êtes beaucoup plus jeune que moi ; hypothèse 3, que vous n’avez pas attendu de vieillir pour ne pas être dans l’air du temps) ;
– TETRIS sur une GAMEBOY (même remarque que précédemment si vous avez tapé « GAMEBOY » sur un moteur de recherche. NDL : je n’arrive pas à ne pas citer de marques… Désolée) ;
– L’observation de processions de fourmis dans le jardin de mes parents ;
– Le décompte des secondes avant qu’une puce ne se retourne et s’élève dans les airs (même remarque que précédemment) ;
– L’arrachage de cheveux de poupées ;
– etc

Dans les jeux débiles, je reconnais encore pratiquer :
– la recherche de tache de gras au fond de la poêle que mon mari vient de laver ;
– la comptabilisation méthodique des cheveux blancs (il est vraiment temps qu’elle refasse sa couleur…) sur la tête de la « veille peau » (voir mon précédent billet qui lui est consacré) pendant qu’elle me fatigue à trop parler en réunion …
– ou mieux encore, des points noirs sur les ailes du nez de la petite jeune qui vient de débarquer ;
– CANDY CRUSH (il faut quand même reconnaître que ce jeu mobilise plus les neurones que des toupies ou ARKANOID. Non ?…) ;
– La recherche du seul mot d’une leçon de dix pages que mon fils n’aura pas retenu, pour pouvoir lui dire, triomphante : « C’est bien ce que je disais, tu n’as pas assez travaillé ! » ;
– L’excitation (chatouilles, blagues…) des enfants juste avant de filer au resto avec des copines pour que mon mari réalise que non ce n’est pas forcément « cool » même si on « reste cool soi-même » de tout gérer tout seul le soir ;
– L’espionnage des assiettes des autres, pour m’assurer qu’ils n’ont pas eu plus de frites que moi…
Et vous, vous pratiquez aussi des jeux débiles ?gameboy

Si tout pouvait n’être qu’une histoire de baignoire sur le trottoir…

Capture

Comme tant de monde, depuis le vendredi 13 novembre 2015, j’ai l’impression de chercher mes mots.
Mais, à dire vrai, je cherche plutôt mes pensées.
J’ai l’esprit confus, engourdi, sonné par ce que mes yeux refusent de voir, mes oreilles d’entendre, ma tête de concevoir. J’ai l’impression de ne plus arriver à réfléchir.
Je fais les choses mécaniquement (enfants, travail, enfants, dodo), telle une machine. C’est rassurant la routine. Elle a un côté sacrément sécurisant.
Et puis, je n’arrive pas à « organiser », à « penser » ces drôles de sentiments et sensations qui agitent confusément mon corps et ma tête.
Parfois, je me demande, les yeux tournés vers l’extérieur : « Comment le ciel peut-il être si bleu et l’avenir qu’on nous prédit si noir ? ».
Et puis, ce matin, en partant pour le travail, je me suis prise à rêver en voyant un emballage de kinder bueno sur le sol, au pied des escaliers de ma résidence, et une baignoire abandonnée lâchement sur un trottoir pendant la nuit.
dessinbaignoire? Et bien oui parce que, comme tout le monde, j’ai besoin de réponses, d’explications.
Comment un enfant de France, qui est allé à l’école de la République, a eu des copains et sans doute des copines, probablement pris quelques cuites, fait des virées en boîte et même fumer des joints peut-il en arriver là ?
Alors, je me prends à rêver qu’il suffirait que chaque parent soit là, attentif à son enfant, vigilant et inflexible pour, notamment, l’obliger à ramasser le mouchoir en papier ou l’emballage de kinder bueno tombé de sa poche, pour lui faire comprendre que ceux qui laissent leurs ordures et rebuts à même la rue sont des goujats, pour lui répéter inlassablement qu’on dit « bonjour/au revoir/s’il-vous-plaît/merci »…
Qu’il suffirait que chaque parent apprenne à son enfant, au quotidien et de mille façon, à respecter l’autre et « l’espace commun » …. P
Pour que tout cela ne se reproduise plus.
Je le sais, c’est probablement simpliste, les explications des dérives sont multiples, et on ne devient pas un assassin simplement parce qu’on a pris l’habitude, depuis l’enfance, de jeter les choses où bon nous semblait et surtout pas dans une poubelle.
Mais, tout de même, si tout ne pouvait être qu’une histoire de baignoire que l’on devait apprendre à ne pas laisser sur le trottoir…

Et vous, il est comment votre chef?

Allez, lâchez-vous, faites-vous plaisir : il est très peu probable qu’il lise votre prose un jour….Alors, dites-moi, il est comment votre chef ?

Absent ? Pas du genre à prendre la plus petite responsabilité, il rase les murs, arrive en retard aux réunions et s’éclipse rapidement pour surtout ne pas avoir à donner son avis, il est tellement inexistant que vous devez vous assurer plusieurs fois par jour qu’il est assis à son bureau et qu’il n’a pas été enlevé par des martiens ? Du coup, le chef, c’est vous, la paie en moins, c’est bien ça ? Je vous plains…

Aigri ? Il n’a plus 20 ans (je manie l’art de la litote…), a tout vu, connaît tout (« ce n’est pas au vieux singe… ») et n’est plus surpris de rien ? Du coup, vous pouvez oublier les mots « innovation », « réforme », « amélioration », « changement », c’est bien ça ? Je vous plains…

Atteint du syndrome de l’imposteur ? Il ne se sent pas à sa place, pas à la hauteur (d’ailleurs, il n’est probablement pas le seul à penser ça …) et du coup il est hyper-tendu et méfiant (il garde l’info pour conserver un semblant de pouvoir, il veut toujours savoir où vous êtes / avec qui/ sur quoi vous travaillez, il zone dans votre bureau lorsque vous n’y êtes pas, il vous soupçonne toujours de coup tordu…) ? Du coup, vous rêvez de lui dire ses quatre vérités et de lui écraser votre poing sur la figure, c’est bien ça ? Je vous plains…

Epuisant ? Brillantissime, il pense et agit trop vite, est à fond du matin au soir, passe du coq à l’âne avec une aisance déconcertante et exténuante ? Du coup, vous rêvez qu’il choppe la grippe ou se casse une jambe, c’est bien ça ? Je vous plains…

Autoritaire ? Le chef c’est lui, personne ne peut en douter, à tel point que vous vous demandez même si vous pouvez aller aux toilettes sans lui demander la permission ? Du coup, vous venez au travail la peur au ventre et ne prenez plus la moindre initiative, c’est bien ça ? Je vous plains…

Cool ? Il est toujours en jean et en baskets, il traine au coin café, raconte des blagues et emploie des mots vulgaires, claque la bise à tout l’étage le matin en arrivant et vous demande chaque jours des nouvelles circonstanciées de toute votre tribu ? Du coup, vous n’êtes pas bien sûr de pouvoir compter sur lui en cas de problème, c’est bien ça ? Je vous plains…

Malhonnête ? Ce n’est jamais sa faute en cas de problème (d’ailleurs, c’est souvent la vôtre), il manipule à tire l’arigot, pour lui les règles sont à géométrie variable, il est capable de mentir comme un arracheur de dents ? Du coup, vous vous demandez quel coup bas il vous réserve encore, c’est bien ça ? Je vous plains…

Séducteur ? Vous avez toujours la vague impression qu’il vous dragouille, il ne donne jamais d’ordre et obtient pourtant plus que les autres chefs à grands renforts d’œillades et de sourires ambigus, il est toujours tiré à quatre épingles et règle les dossiers épineux de façon « conviviale » à la cantine ? Du coup, vous ne savez plus sur quel pied danser et vous êtes déstabilisé, c’est bien ça ? Je vous plains…

Parfait ? Il est comme vous, c’est bien ça ? Je vous envie.

Quel genre de parents sommes nous?

airedejeux A force d’user mon 501 (oui, j’en ai encore un qui date de cette époque bénie où cette pièce miraculeuse était encore produite pour les femmes… Je m’explique : un jean coupe droit, qui tombe pile poil, qui ne menace pas de dévoiler votre intimité à chaque fois que vous vous baissez pour moucher le nez d’un petit, et qui ne vous comprime pas non plus le ventre à un point tel que l’asphyxie vous guette. Je m’égare une fois de plus, mais j’ai un « vrai problème » avec les jeans d’aujourd’hui. J’y reviendrai très prochainement dans un autre billet) d’aires de jeux, en parcs et plaines de jeux couvertes, j’ai eu tout le loisir d’observer mes condisciples (= les autres parents) et je me demande même si je n’aurais pas matière à écrire une étude sociologique sur le sujet…. Au cours des huit dernières années, j’ai pu découvrir les espèces parentales suivantes :

1.  Les hyper-angoissés :

Généralement, ils n’ont qu’un seul enfant (ah, l’angoisse du premier !…), sont toujours collés à lui pour anticiper toute chute, glissade, goutte au nez, risque de dérapage ou collision avec un autre enfant… Ils n’hésitent à faire barrage de leur corps lorsqu’un enfant plus âgé ou plus agité menace l’équilibre ou la sérénité du leur, ils se plient en quatre pour entrer avec lui dans des cabanes en bois pour gnomes et se coincent le popotin en le suivant sur le toboggan faisant mine, pour sauver la face, d’y prendre du plaisir.

2. Les parents « en représentation » :

Comme leurs enfants, ils sont hyper-stylés, même le dimanche matin à l’aire de jeux publique du plus petit bled alentour, ils s’expriment forts et théâtralement, ne doutant pas d’avoir un public passionné et béat d’admiration, et en moins de cinq minutes plus personne ne peut ignorer le prénom – forcément « pointu » lui aussi – de chaque héritier sorti d’un catalogue de mode enfantine. Ces parents font leur « show », comme ils le font probablement à chaque instant de leur vie (pour prouver quoi à qui ? ça c’est une sacrée bonne question, mais je ne suis pas psy !) et leurs enfants ne sont que des acteurs de plus dans cette mise en scène, qui serait risible si elle n’était pas pathétique.

3.  Ceux qui ont l’air de se demander comment ils en sont arrivés là/ ce qu’ils ont fait pour mériter tout ça :

Tassés sur une chaise en fer ou un banc usé par le temps, ils semblent écrasés par la misère du monde et ne parviennent même pas à faire semblant de s’intéresser aux prouesses de Toto sur la balançoire. De toute évidence, ils n’aspirent qu’à être ailleurs… Un crève-cœur… Eux, comme leurs enfants qui se démènent pourtant pour tenter d’allumer une petite étincelle dans leurs yeux…

4. Les cadres hyper débordés :

Collés à leurs smartphones, genre « j’ai des responsabilités / normalement je n’ai pas le temps de m’occuper de la marmaille / mais le psy de Pierre-Edouard pense que cela lui serait bénéfique de passer plus de temps avec moi/ alors, je fais un effort tout en surveillant le cours de mes actions en bourse », ils lèvent de temps en temps un œil distrait et lancent, sans conviction : « Super Pierre-Edouard, super ! »

5. Les parents « cool » :

Rien ne peut les stresser : ils font confiance à leurs enfants, aux autres enfants (de toutes les façons, il y aura bien un « hyper-angoissé » pour s’occuper des leurs aussi, non?!!!), ne craignent ni les fractures, ni les bleus, ni les kidnappeurs d’enfants… Ils lisent le journal paisiblement, parfois même en tournant carrément le dos à la zone de jeux, et il faut attendre la nuit tombée et le parc déserté pour les entendre s’interroger : « Ah bon, Chacha n’est plus sur la balançoire ? ».

balençoire

 6. Les parents « normaux » :

Vous ne les avez pas remarqués ? C’est normal : ils se fondent dans le décor en surveillant « normalement » leurs enfants (qu’ils ne considèrent ni comme des demi-Dieux, ni comme des entraves à la réussite de leurs vies) tout en jetant un œil amusé, agacé ou attristé à d’autres adultes…

Alors, quel genre de parents êtes-vous ? Je vous laisse deviner dans quelle catégorie je m’auto-classe…