De la passion pour le bruit…

Vous me direz sans doute : « C’est à cause de l’âge… ».

Que nenni !

Laissez-moi vous assurer du contraire : j’ai TOUJOURS détesté les personnes bruyantes !

Que le parent qui n’a jamais prié, intérieurement, pour que ses enfants se taisent ENFIN à table, me jette la première pierre.

Que celui qui, après dix minutes de vaines prières et tentatives de self-control, n’a jamais hurlé : « Maintenant, ça suffit, jeu du roi du silence jusqu’à la fin du repas ! » en fasse de même.

Que celui qui, après une « après-midi carnaval » à l’école, n’a jamais admiré la patience et la surdité évidente (oubliant au passage les sujets de rancœur : bobo non soigné, smiley rouge qui fait la tronche, absence de punition lorsque la petite copine s’est essayée à la coiffure en coupant les cheveux de son enfant, etc) des maîtres et maîtresses me jette à l’opprobre populaire.

Que celui qui n’a jamais été à deux doigts de se lever de sa chaise – alors qu’il tente désespérément de se concentrer sur un dossier – pour claquer ostensiblement sa porte ou jeter au visage des abonnés du coin café un : « Vous pouvez pas la fermer un peu et bosser de temps en temps ? » me traite d’acariâtre.

Que celui qui, ne trouvant plus le sommeil en pleine nuit, n’a jamais maudit le tic-tac régulier d’une montre ou d’une horloge, le goute à goute insoutenable d’un robinet qui fuit, le froissement des draps d’un compagnon de chambré au sommeil agité, me cloue au pilori.

Que celui qui n’a jamais pesté contre le balai des camions poubelles à l’aube, la vieille voisine sourde comme un pot qui pousse le volume de la télévision à fond, les jeunes ivrognes qui pendent ENCORE leur crémaillère, les scooters et mobylettes des adolescents en mal de sensations fortes et d’affirmation de soi, le voisin bricoleur du dimanche SOIR, etc, me qualifie d’asociale.

Bon, d’accord, il m’arrive forcément aussi de faire du bruit.

Mais c’est forcément ponctuel et/ou involontaire (soirée, ivresse, chute, maladresse, énervement, ….).

Je m’emploie à être quelqu’un de bien, moi !

Alors que pour de nombreux autres (auxquels je dispenserais bien régulièrement quelques paires de baffes !) cela s’apparente à un authentique mode de vie…

Ils sont, comme qui dirait, abonnés au bruit !

Je pense à ceux qui multiplient les allers-retours en faisant claquer leurs talons dans les couloirs, qui parlent toujours fort (en tout cas, toujours plus fort que les autres), qui semblent convaincus que l’on ne peut conduire sans klaxonner tous les dix mètres ou que l’on ne peut percevoir le sens ou la profondeur intense d’une musique / des paroles d’une chanson que sous réserve de se pulvériser les tympans et d’en faire profiter tout le voisinage, que l’on ne peut être entendu et compris que si l’on braille tel un poissonnier sur la place du marché, …

Et je me demande : « Mais pourquoi tant de haine ? ».

Non, plutôt : « Mais pourquoi tant de bruit ? »

Eprouvent-ils le besoin de s’ENTENDRE exister ? Souhaitent-ils désespérément qu’on leur prête attention ? Peut-être s’est-il joué quelque chose dans leur prime enfance ? Je ne sais pas, je ne suis pas psy, moi.

Simplement ulcérée.

Alors, je me permettrais une petite remarque pour nos concitoyens « fanfares ambulantes » : prenez le temps de noter que plus vous êtes bruyants, plus les autres vous évitent… Et, n’avez-vous jamais noté que la personne discrète et silencieuse fait l’objet de toutes les attentions, la curiosité qu’elle suscite captant l’intérêt de tous ?

Pensez-y la prochaine fois que vous aurez la main collée au klaxon/ au bouton du volume, que vous couperez la parole à quelqu’un en haussant le ton, que vous claquerez une porte.

S’il-vous-plaît.