Dans l’attente?

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Une fois n’est pas coutume, mon billet du jour sera sérieux….

Depuis le 13 novembre 2015, un nouveau mot d’ordre a déferlé sur la France : porter son courage en étendard et proclamer haut et fort qu’ils n’auront pas notre liberté et que nous ne changerons absolument rien à notre façon de vivre.

Il faut « vivre comme avant ».

Têtus et déterminés, nombre de Français continuent ainsi à squatter les terrasses des cafés, à courir les musées, les expositions, les salles de spectacles, à trainer dans les allées des centres commerciaux le week-end, ….

Une partie d’une nation qui se rebelle ainsi, dans un élan de vie et de liberté, c’est…beau et ….courageux.

Et tellement culpabilisant pour ceux qui n’y arrivent pas tout à fait …

J’admets ne pas être aussi courageuse que la grande majorité de mes compatriotes.

Je me sens dans un état bizarre.

On nous rabâche tellement les oreilles avec ce qui ne manquera pas d’arriver à nouveau (« attentats à l’échelle européenne », « la société civile est visée », « attentats de masse et multi-sites », « commandos de djihadistes sur le territoire européen », …) et les moyens de prévention (Dérisoires ? Comment ne pas se poser la question ?) déployés (état d’urgence, exercices de confinement, dépliants et vidéos « Comment réagir en cas d’attaque terroriste ? », ….) que, cela me coûte de l’écrire, mais j’ai bien le sentiment d’être dans une position d’attente. Attente de l’horrible « prochaine fois » : Où ? Quand ? Comment ? Quelle sera l’ampleur du drame ?

Cela signifie t’il dire qu’ils auraient gagné, me concernant ?

« Oui, hélas ! » répliqueront sans hésiter ceux qui s’emploient avec une énergie folle à « vivre comme avant », à faire comme si rien n’avait changé. Mais, tout au fond d’eux, ne ressentent-ils pas, eux aussi, ce désagréable sentiment ? Existent-ils vraiment ceux qui arrivent à faire fi du passé, aussi terrible soit-il, et à ne regarder que vers l’avenir, le cœur confiant et l’esprit totalement serein ?

Si j’ai l’honnêteté d’admettre que non, moi, je n’ai plus l’esprit totalement serein, dans les faits, je continue néanmoins moi aussi à « vivre comme avant ».

Nous continuons tous à travailler, à déposer nos enfants à l’école, à vouloir courir les parcs dès que le soleil pointe, à remplir notre réfrigérateur, à chercher un cadeau pour un anniversaire en foulant le pavé, à envisager de manifester contre un projet de loi, à fêter le carnaval à Nice, à Dunkerque ou à Venise, à prendre le train pour un rendez-vous professionnel à Paris ou Marseille, …

Alors, pitié, ne prenez pas de haut ceux qui ont régulièrement des petits pincements au cœur dans leur vie « comme avant ».

 

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